L’HISTOIRE D’ACHILLE
L’Histoire d’Achille. — Une des grandes œuvres de Rubens, Y Histoire d'Achille, date probablement de 1630-1635 (Œuvre. Nos 557-564). Elle comprend huit compositions destinées à être exécutées en tapisserie. En voici les sujets :
1° Achille plongé par sa mère dans le Styx. Thétis tient son fils par le talon et le plonge la tête la première dans l’eau qui doit le rendre invulnérable ; une Parque, la torche à la main, éclaire cette scène. A droite, on voit les ombres des morts qui se pressent sur la rive de l’Achéron et supplient Caron de les transporter sur l’autre bord. Au delà du fleuve, on voit un paysage du royaume des ombres.
2° L'Éducation d'Achille par Chiron. Le jeune héros est assis sur le dos du centaure qui galope à travers le paysage en tournant la tête pour instruire son élève. Une lyre suspendue aux branches d’un arbre et deux lévriers couchés au pied de celui-ci font allusion aux leçons de musique et de chasse données à Achille par Chiron.
3° Achille reconnu parmi les filles de Lycomède. Sur une terrasse du palais de Lycomède, roi de Scyros, on voit Achille parmi les six filles du prince. Ulysse et Diomède, déguisés en marchands, apportent une corbeille remplie d’articles de toilette, où les jeunes filles s’empressent de faire leur choix. Achille y a trouvé un casque, qu’il pose des deux mains sur sa tête. C’est ainsi qu’il se trahit aux généraux grecs ; mais Ulysse met un doigt sur ses lèvres pour recommander le silence à son compagnon.
4° Thétis reçoit de Vulcain les armes d'Achille. Accompagnée de Cupidon et de Charis, une des Grâces, Thétis est debout sur le rivage de la mer, et reçoit un bouclier des mains de Vulcain ; un des aides du dieu apporte une armure; à gauche, Chiron reçoit des mains d’un petit amour le casque de son élève ; dans le fond, on voit les forges du dieu.
5° La Colère d'Achille contre Agamemnon. Au milieu de la composition, est assis le roi des rois de la Grèce. Il vient de prononcer le jugement qui condamne Achille à céder Briséïs, son esclave bien-aimée. Le jeune héros tire son épée pour se venger; mais Minerve l’arrête en le saisissant par la chevelure. Agamemnon qui veut se lever pour punir Achille, est retenu par Nestor. Trois autres guerriers sont présents à cette scène.
6° Briséïs est rendue à Achille. Achille furieux s’est retiré dans sa tente, et à partir de ce moment, les Grecs n’ont plus éprouvé que défaites et malheurs. Il faut apaiser le guerrier irrité. Le sage Nestor ramène Briséïs à Achille qui accourt joyeux à sa rencontre; une troupe de femmes et de guerriers entourent la belle captive ; dans la tente d’Achille, on voit le cadavre de Patrocle, son compagnon d’armes.
7° Achille tue Hector. Le héros Troyen est tombé sur un genou. Achille lui perce le cou de sa lance. Minerve, qui plane dans les airs, encourage le guerrier grec ; les Troyens épouvantés s’enfuient vers la ville, dont on voit une des portes dans le fond.
8° La Mort d'Achille. Atteint par la flèche perfide de Pâris, Achille est tombé pendant qu’il sacrifiait aux dieux ; il se retourne et tente d’arracher le trait de son talon, mais les forces lui manquent et il s’évanouit ; des prêtres épouvantés l’entourent en gémissant. Sur le côté, on voit le meurtrier à qui Apollon indique l’endroit où l’ennemi est vulnérable.
Chacune de ces compositions est encadrée de deux cariatides, posées sur un socle et
l'histoire d’achille
soutenant une architrave. Des allégories décorent la face antérieure des socles et les cariatides représentent des personnages allégoriques ou mythologiques. Rubens a répandu ici avec sa profusion ordinaire les richesses de son imagination. Dans la scène du Styx, Pluton et Proserpine soutiennent l’architrave et Cerbère est couché devant le piédestal ; dans Y Education d'Achille, Esculape et Terpsichore, figurant la Santé et la Musique, servent de cariatides, et la partie inférieure est décorée de motifs de chasse ; dans Achille reconnu par Ulysse, c’est la Sagesse et la Beauté qui font l’office de supports; dans Thétis chez Vulcain, Jupiter et Junon engagent la mère d’Achille à aller trouver l’ennemi ; dans la Colère d'Achille, on voit la Fureur et la Discorde ; dans la Restitution de Briséïs, paraissent Mercure et la Paix ; dans la Mort d' Hector, on voit Hercule et Mars ; dans la Mort d'Achille, Apollon et Vénus, instigateurs du crime. Les figures mythologiques sont accompagnées de leurs attributs ; à l’architrave sont suspendues des guirlandes de fleurs et de fruits, où se jouent de petits amours ; la partie décorative des tapisseries est conçue dans le même goût que celle des Triomphes et des Figures du saint Sacrement, mais ici l’ornementation est plus riche et plus variée.
Dans Y Histoire d' Achille, qui a fourni la matière de la mère des épopées, Rubens a trouvé des sujets pour beaucoup de compositions heureuses, comme il en avait admiré sur ses bijoux favoris, les agates. Toute la première moitié est conçue dans un style plutôt familier que dramatique ; Achille revoyant Briséïs tient lui-même plus du drame bourgeois, que de la tragédie héroïque. Mais la Colère du héros a quelque chose de saisissant ; le mouvement y est plein de naturel et la passion déborde; la Mort d'Achille est émouvante par l’intensité de la douleur tragique, de la terreur et de la pitié. Dans chaque composition, on rencontre des figures et des groupes magistraux : Thétis éclairée par la Parque dans le premier tableau ; les filles de Lycomède étonnées à la vue d’Achille coiffé du casque ; Thétis recevant le bouclier de Vulcain ; Achille immolant Hector ou courant au-devant de sa bien-aimée, ce sont là autant de chefsd'œuvre d’observation et de rendu.
Rubens n’a pas peint seul les cartons. Il en fit d’abord une série d’esquisses, qui appartenaient en 1643 à son beau-père, Daniel Fourment. En 1879, M. Smith Bary en possédait six; les deux autres furent achetées à Rome par Georges John Vernon en 1829. Aidé par un de ses élèves, probablement Van Thulden, Rubens transporta ces esquisses sur des toiles plus grandes (107 cm. x 108 cm.) qui servirent de cartons pour les tapissiers. Il y a quelques années, toute la série de ces cartons appartenait encore au duc de l’Infantado à Madrid, et plus tard, six d’entre eux appartenaient à la duchesse de Pastrana, dans la même ville. Les deux autres figurèrent dans la vente Salamanca (Paris, 1867). La duchesse de Pastrana donna deux des siens au Musée de Pau ; les autres se dispersèrent. L’un d’eux, Thétis plongeant son fils dans le Styx, se rencontra dans la vente Pacully (Paris, 1903).
\YHistoire d'Achille fut reproduite à diverses reprises en tapisserie; en 1875, un exemplaire de cinq compositions de la série fut acheté par le Musée d’Archéologie de Bruxelles, à la vente van Susteren du Bois, à Anvers. Michel dit que de son temps, c’est-à-dire dans la seconde moitié du xvme siècle, le roi d'Angleterre possédait une suite entière. En France, on rencontre deux ou trois séries plus ou moins complètes.
Il est difficile de décider quand et pour qui les cartons ont été faits. Les uns disent que ce