CHAPITRE PREMIER
et de Guillaume n’avait pas été des plus heureux et dans cette union mal assortie les torts des deux époux étaient réciproques. Le prince était loin de passer pour un modèle de vertu conjugale ; sa femme, de son côté, à la fois passionnée et légère, n’avait pas plus le sentiment de ses devoirs que celui de sa dignité. Elle s’était rendue insupportable à son mari en lui reprochant avec violence ses infidélités. Après les premiers revers subis
dans sa lutte ouverte contre les Espagnols, Guillaume avait instamment prié sa femme de venir le rejoindre dans le Comté de Nassau, au château de Dillenburg, berceau de sa famille et où il était né lui-même.
C’est dans cette forte-resse, mise par ses ancêtres à l’abri d’un coup de main, qu’il aimait à se retirer pour prendre quelque repos ou pour se préparer à de nouvelles campagnes. Il aurait voulu décider Anne à l’accompagner dans les camps ; mais, après huit mois d’attente, la princesse avait répondu par un refus, disant qu’elle ne se sentait pas le courage d’affronter une semblable existence. Installée à Cologne, elle y poursuivait la levée du séquestre mis par le duc d’Albe aussi bien sur les propriétés affectées à la garantie de son douaire que sur celles de son mari. Elle avait été ainsi amenée à charger de la défense de ses intérêts deux juristes, réfugiés comme elle à Cologne, et qui lui servaient de conseils : Jean Rubens et un autre docteur en droit, Jean Bets de Malines, qui, compromis par ses opinions religieuses, avait dû également s’expatrier. Bets s’étant absenté pour aller soutenir auprès des Cours étrangères la cause qui lui était confiée, Rubens était resté seul avec la princesse et, à la suite d’une intimité croissante, des relations criminelles s’étaient nouées entre eux. Il était souvent le commensal d’Anne de Saxe et l’accompagnait dans ses voyages. En i5yo, celle-ci trouvant qu’elle n’était plus en état de soutenir à Cologne le train qu’elle y menait, se retirait dans la petite ville de Sicgen, qui faisait partie des domaines du comte Jean de Nassau, frère