LA FAMILLE DE RUBENS A COLOGNE
et toute sa maison ». En homme avisé, tout en protestant de son orthodoxie, Rubens s’était fait délivrer par ses collègues du Magistrat d’Anvers, un certificat constatant « que, dans l’exercice de ses fonctions d’échevipx, il s’était toujours comporté de la façon la plus honorable, et qu’il avait droit à un bon accueil partout où il se présenterait ». Muni de cette attestation, il se rendait à Cologne et il adressait à ia municipalité de cette ville une requête afin d’être autorisé à s’y établir pour suivre des procès pendants et diverses affaires personnelles, ajoutant qu’il « avait quitté son pays, où il s’était toujours comporté avec honneur, non comme banni et fugitif, sans qu’on puisse le suspecter d’aucun acte illicite ou malhonnête ».
Entre toutes les villes qui recueillaient alors les réfugiés des Pays-Bas, Cologne était une de celles qui les attiraient en plus grand nombre. Son importance, la tranquillité dont on y jouissait, les ressources qu’elle pouvait offrir à Rubens pour l’éducation de ses enfants et pour l’exercice de sa profession avaient fixé son choix. Il fit donc venir d’Anvers son mobilier et s’installa dans une grande maison de la Weinstrasse, située entre cour et jardin. Mais si, en s’expatriant, il avait pu se dérober à la prison ou aux supplices, sa position ne laissait pas d’être assez difficile. Les biens des émigrés ayant été mis sous séquestre, il lui fallait, dans ce milieu nouveau, gagner de quoi subvenir à l’entretien de sa famille, sans qu’il trouvât beaucoup d’occasions d’utiliser son savoir. D’autre part, le Magistrat de Cologne n’était pas sans s’inquiéter de cette masse d’étrangers qui affluaient dans la ville et pouvaient, par leurs menées, lui créer des embarras avec les États voisins ; aussi les faisait-ii surveiller d’assez près. Au bout de quelque temps, Jean Rubens signalé comme suspect parce qu’il ne fréquentait pas les églises, avait été, à diverses reprises, obligé de se disculper et de justifier de la régularité de sa conduite et de ia droiture de ses intentions. Cependant une occasion s’offrit bientôt à lui de tirer parti de sa science juridique; mais elle devait être pour lui et pour les siens la cause d’une suite incalculable de tristesses et de misères.
A ce moment vivait aussi à Cologne Anne de Saxe, la seconde femme du célèbre prince d’Orange, Guillaume le Taciturne. Un portrait du temps, gravé sans nom d’auteur, nous la représente avec son visage assez disgracieux et peu avenant, le front haut et bombé, le nez écrasé, le regard étrange, la bouche aux coins relevés. Le mariage d’Anne de Saxe