COPIES D’APRÈS LES MAITRES ITALIENS
io3
chez le maître flamand. Une autre copie du Titien, celle du portrait de la belle Lavinia (i), se trouve également au Musée de Vienne, et c’est à Ferrare, où était alors ce portrait, que Rubens eut sans doute l’occasion d’en faire la copie. On comprend qu’elle l’ait tenté à cause des enseignements quelle lui offrait. Aucune autre peinture, en tout cas, ne pouvait mieux lui apprendre à nettoyer sa palette des ombres opaques dont le Caravage lui avait fourni le fâcheux exemple. On n’imagine pas, en effet, carnations plus éclatantes, modelé plus clair, pénombres plus transparentes. Mais, là encore, quelque attention que le copiste y ait mise, son propre tempérament se décèle au travers de cette reproduction par la façon toute personnelle d’étaler la pâte et de manier le pinceau, par je ne sais quel air de beauté flamande, un peu moins fine, mais plus vermeille, plus molle et plus ingénue qu’il a prêté à son modèle.
Ce n’est pas la seule copie d’ailleurs que l’artiste eut l’occasion de faire dans le voisinage de Mantoue, et un dessin exécuté par lui d’après la Cène de Léonard de Vinci nous prouve qu’il était allé à Milan. Quant à l’étude d’un fragment de la Bataille d’Anghiari du même maître, comme le carton original était déjà détruit à cette époque, elle a dû être faite d’après une des reproductions qui en étaient conservées, soit à Florence, soit à Paris. Le talent de Rubens comme copiste lui avait valu une grande réputation, et un peintre au service de l’empereur Rodolphe II, Jean Achen de Cologne, qui, vers la fin de i6o3, avait pu voir à Mantoue quelquesunes de ces copies, les avait à ce point vantées à son maître que celui-ci priait, au mois de mars i6o5, l’envoyé du duc Vincent de transmettre à ce prince le désir qu’il avait d’obtenir des reproductions des tableaux du Corrège qui se trouvaient à Mantoue. Rubens, autorisé par Vincent de Gonzague, se mit à la besogne, et comme il professait lui-même pour le talent du Corrège une très vive admiration, il est permis de croire qu’il s’était acquitté avec succès de ce travail ; en tout cas, l’empereur, à la réception de ces copies à Prague, en avait témoigné au duc tout son contentement. L’inventaire du palais de Mantoue dressé en 1627 nous apprend qu’on y voyait alors trois tableaux du Corrège : un Ecce Homo, Vénus et Mercure apprenant à lire à Cupidon (2) et un Saint Jérôme en méditation-, mais on ignore ce que sont devenues les copies dont il est ici question.
(1) Aujourd’hui à la Galerie de Dresde.
(2) Ces deux tableaux appartiennent aujourd’hui à la Nalional-Gallery