‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 107 sur 553 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Désireux de répondre dignement à l’honneur dont il était l’objet, l’artiste allait se mettre à l’oeuvre et se consacrer tout entier à ce travail, quand il fut brusquement rappelé à Mantoue. Dans une lettre écrite par lui à Chieppio, le 2 décembre 1606, il exposait à son patron les raisons qui lui paraissaient décisives pour qu’on lui accordât un sursis. « Après avoir employé tout l’été à des études pour son art, il est obligé d’avouer qu’avec les 140 écus qu’il a seulement reçus depuis son départ de Mantoue, il s’est trouvé absolument hors d’état de pourvoir convenablement à l’entretien de sa maison et des deux serviteurs chargés de ce soin depuis un an qu’il est à Rome. » Par un choix des plus flatteurs, il vient d’être chargé de la décoration du maître-autel de l’église des Prêtres de l’Oratoire, devenue la plus célèbre et la plus fréquentée de toutes les églises de Rome. 11 offenserait certainement les hauts personnages qui se sont entremis en sa faveur si maintenant il alléguait quelque empêchement pour ne pas s’acquitter d’une tâche si honorable pour lui. Il est assuré que ses protecteurs, entre autres le cardinal Borghese, intercéderaient au besoin auprès de son maître, afin d’obtenir quelque répit en lui représentant qu’il doit se trouver très heureux devoir qu’on fait un tel cas de son serviteur.

Par une lettre du i3 décembre 1606, le duc informait Chieppio qu’il faisait droit à la requête de Rubens et que, voulant lui être agréable et « aller plutôt au delà qu’en deçà de ses désirs », il lui accordait de rester à Rome jusqu’à Pâques. Durant cet intervalle, d’ailleurs, Vincent de Gonzague eut plus d’une fois occasion de recourir à son peintre et de le consulter au sujet d’achats d’œuvres d’art qu’il avait en vue. C’est sur les conseils mêmes de Rubens et à la suite de négociations qui nécessitèrent une correspondance assez active (du 17 février au 28 avril 1607) qu’il se décidait à acquérir au prix très modique de 220 écus d’argent un tableau capital du Caravage et peut-être même son meilleur ouvrage, la Mort de la Vierge, qui, après avoir passé de la collection de Mantoue dans celles de Charles P'’et de Jabach, appartient aujourd’hui au Louvre. Une autre fois, Vincent de Gonzague cherchant dans Rome une résidence convenable pour V loger son fils Ferdinand, qui venait de recevoir le chapeau de cardinal, avait pensé au Palais Capodiferro, situé près de la place Farnese. .Mais Rubens ayant été de nouveau consulté au sujet de la valeur artistique des peintures et des ouvrages en stuc dont ce palais était orné, c’est probablement sur son avis que le duc avait renoncé à cet achat.

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