SÉJOUR A GÊNES
Sur ces entrefaites, vers le mois d’avril 1607, Philippe quittait son frère pour retourner en Flandre, où il était rappelé par l’état de santé de sa mère, qui depuis quelque temips réclamait sa présence. Déjà, le 18 décembre 1606, à la suite d’une violente crise d’asthme, celle-ci s’était sentie sérieusement menacée et elle avait manifesté le désir bien naturel d’avoir au moins un de ses fils auprès d’elle. Philippe, d’ailleurs, songeait depuis quelque temps à quitter l’Italie, et ses amis s’étant employés à lui assurer à Anvers une position honorable, celle de secrétaire de la ville, il avait accepté cette perspective. Sa nomination paraissait certaine ; aussi poursuivait-il dès ce moment des démarches en vue de l’acte de naturalisation, de brabantisation comme on disait alors, qui, à cause de sa naissance à l’étranger, lui était nécessaire pour exercer ces fonctions.
Son frère parti, Rubens s’était remis avec une nouvelle ardeur à l’exécution du tableau de la Chiesa Nuova qui, par suite de circonstances indépendantes de sa volonté, avait subi quelques retards. Le terme de Pâques assigné à son séjour à Rome était dépassé ; mais comme on semblait à Mantoue ne plus tenir à son retour, il croyait qu’il aurait tout le temps de terminer son œuvre, quand il fut de nouveau brusquement rappelé. Il était prévenu que le duc, ayant le projet de faire une cure aux eaux de Spa, se proposait de l’emmener avec lui en Flandre ; il lui fallait donc le rejoindre au plus vite. Pris ainsi au dépourvu, Rubens écrit le 9 juin 1607 à Chieppio pour lui annoncer que son tableau est sur le point d’être fini, mais qu’il y aura probablement lieu de le retoucher sur place. Il fait donc ses préparatifs pour partir trois jours après et se mettre à la disposition de son maître. 11 espère cependant qu’à son retour de Flandre, on lui accordera l’autorisation de revenir à Rome pour un mois seulement, afin d’y terminer son œuvre et aussi de mettre ordre à ses affaires que ce départ précipité l’empêche de régler.
Quand Rubens arriva à Mantoue, le duc, avec sa versatilité ordinaire, avait changé d’avis. Son projet de voyage à Spa était abandonné, et il se décidait à passer la saison d’été dans un faubourg de Gênes, à Saint-Pierre d’Arena, où le fils d’Antoine Spinola, son ami, lui avait fait offrir, pour y résider, le palais Grimaldi. 11 s’y était installé au commencement de juillet, et la suite nombreuse dont il était accompagné — ses gentilshommes, son peintre et sa troupe de musiciens — occupait deux habitations voisines. Pendant les deux mois qu’il demeura à Gênes, on peut