CHAPITRE V
nombreuse qui se soit jamais vue. » On conçoit aisément les frais que devaient occasionner un tel cortège, ainsi que les fêtes du mariage du fils aîné de Vincent de Gonzague avec Marguerite de Savoie; mais, malgré le manque d’argent, le refus d’acheter le tableau de la Chiesa
Nuova avait pour Rubens quelque chose d’un peu humiliant, car, à ce moment même, on envoyait de Rome à Mantoue une caisse pleine de portraits de jolies femmes, peints à Naples par Fourbus pour la Chambre des Beautés du duc, et, de son côté, la duchesse, traitant l’achat d’une toile importante de Pomerancio ( i ), chargeait Magno de s’adresser au Flamand luimême pour cette négociation et pour l’estimation de cet ouvrage. Rubens avait trop le sentiment de sadignité pour manifester le moindre dépit; mais, dans la lettre qu’il écrivit à Chieppio le 23 février 1608, tout en le remerciant de son intervention aussi vivement que si elle avait abouti à un résultat favorable, il ne put se tenir de relever d’une manière indirecte les procédés qu’on avait vis-à-vis de lui. Afin de mettre Chieppio, plus à l’aise, il affecte de n’être aucunement embarrassé au sujet du placement de son tableau. « Il a été exposé pendant plusieurs jours en meilleure lumière et, vu par tous les connaisseurs de Rome, il a réuni les suffrages les plus flatteurs. » Il s’applaudit donc, non sans quelque ironie, de ce que sa proposition n’a pas été agréée parle duc, car,
(1) Christophe Roncalli, dit le Pomerancio, était alors un des artistes le plus en vue à Rome et il avait également travaillé à la décoration de la Chiesa Nuova.
LE MARTYRE DE SAINT SÉBASTIEN, ((ialerie Corsini.)
CORRESPONDANCE AVEC CHIEPPIO.
« à cause de ces noces et des dépenses qu’elles occasionnent, il aurait créé des difficultés réelles à la trésorerie de Mantoue, si elle avait eu à le payer; ces difficultés seront déjà bien assez grandes quand il s’agira de lui payer ses appointements depuis si longtemps en retard ». Mais s’il accepte pour lui-même ces retards, il entend du moins que ce qui est dû au Pomerancio pour l’achat de son tableau soit réglé immédiatement. C’est sur un ordre exprès de la duchesse que l’acquisition a été faite, et il a été mêlé directement à cette aflfaire ; c’est grâce à ses instances qu’on a obtenu le prompt achèvement de la commande, bien que l’artiste fût à ce moment très occupé. Le prix de 5oo écus demandé d’abord à la Ser™ Princesse lui avait paru exorbitant; car, habituée à traiter suivant les usages de
Mantoue, elle ne connaît aucunement les façons d’agir de ces grands artistes romains. Quant à lui, si le paiement souffrait le moindre retard, il ne se risquerait plus à accepter des commissions semblables ; car, après avoir été à diverses reprises sollicité par S. A. et avoir obtenu un « plein succès (i), il est effrayé de voir qu’on met une telle froideur à s’acquitter de la dette contractée ». Sous la modération de la forme, on le voit, la leçon est complète, et en réclamant pour un de ses confrères des procédés plus corrects, Rubens indique assez clairement la façon dont il voudrait lui-même être traité.
La situation qu’accuse cette lettre et les griefs très légitimes qu’elle nous
GRAVURE POUR LA VIE DE SAINT IGNACE DE LOYOLA. (Avec la correction dessinée en marge par Rubens.)
(i) Grâce à l’intervention de Rubens, le Pomerancio avait réduit à 400 écus le prix de ce tableau.
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