CHAPITRE V
révèle à mots couverts expliquent peut-être le silence absolu qui désormais se fait autour de Rubens. En effet, pendant les huit mois qui vont suivre et jusqu’à la fin de son séjour en Italie, les archives de Mantoue ne nous fournissent plus sur lui aucun renseignement. Dès ce moment, en tout cas, il avait l’intention bien arrêtée, sinon de quitter le service du duc Vincent, du moins d’aller à Anvers pour y revoir sa mère dont la santé était de plus en plus chancelante. Cette intention ressort nettement d’une lettre adressée quelque temps avant ( C'' mars 1607) par son frère Philippe à l’un de ses amis, Louis Beccatelli, qui se trouvait alors à Rome et dans laquelle il promet à ce dernier de lui envoyer un portrait de Juste Lipse, dès que Pierre-Paul sera auprès de lui. « Mon frère songe à s’envoler pour revenir dans sa patrie, dit-il, avec sa préciosité habituelle ; déjà il ouvre ses ailes, afin d’être bientôt réuni aux siens. » Cependant avant de songer à son départ, Rubens avait à s’acquitter de ses obligations vis-à-vis des Pères de l’Oratoire, en peignant pour eux une copie du tableau fait pour la Chiesa Nuova. Nous parlerons plus loin de ce tableau qui se trouve aujourd’hui au Musée de Grenoble. En dépit de ses espérances, l’artiste ne parvint pas à le vendre en Italie, puisqu’il le fit revenir de Rome à Anvers, où il devait le retoucher presque entièrement. A raison de la place très obscure où elle devait être exposée, la copie exécutée par Rubens ne lui coûta que peu de peine. Autant que la rareté de la lumière permet d’en juger, on y sent la hâte d’une exécution assez sommaire, et dont la rigidité de l’ardoise accroît encore la sécheresse. Tout en conservant à peu près l’ordonnance de l’œuvre primitive, le jeune maître a profité de la liberté qui lui était accordée pour répartir sur trois panneaux les éléments de la composition concentrés auparavant sur une seule toile. L’exécution très sommaire de ces peintures n’avait pas dû prendre beaucoup de temps à Rubens, et actif comme il l’était, il avait certainement pu peindre plusieurs autres ouvrages pendant son séjour à Rome. De ce nombre est le Saint François en prières du Palais Pitti, un sujet auquel il revint plusieurs fois par la suite. Les mains serrées contre sa poitrine, le saint est agenouillé devant un crucifix à côté duquel sont posées la discipline servant à ses flagellations et une tête de mort. On sent toutes les joies, toutes les ferveurs de l’extase dans le jet expressif de cette figure et la tonalité brune, presque monochrome du tableau concentre naturellement l’attention sur son visage pâle et ardent, tout illuminé par l’amour divin.