COPIES D’APRÈS TITIEN
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Bien qu’on y retrouve le souvenir direct du Corrège et les fautes de proportions que trop souvent déjà nous avons eu l’occasion de signaler dans les œuvres de cette période, le Saint Sébastien de la Galerie Corsini est assurément d’un mérite supérieur. Avec son expression de souffrance et de sérénité, sa jolie tête un peu penchée sur son épaule, son corps vigoureux d’éphèbe, ce jeune homme expirant semble un beau lys qui s’incline mollement sur sa tige. Autour de lui avec de pieuses précautions, des anges s’empressent pour le secourir. Si leur laideur et la gaucherie avec laquelle ils ont été repeints trahissent trop manifestement la main d’un restaurateur inhabile, en revanche, le corps du martyr, très largement peint, avec des ombres plus transparentes et plus claires, se détache avec un éclat merveilleux sur le gris du ciel, le brun du terrain et des végétations et sur le bleu velouté des lointains.
En même temps qu’il peignait ces œuvres de plus en plus personnelles, l’artiste, comme s’il avait eu conscience qu’il ne reverrait plus l’Italie, continuait à profiter de son séjour à Rome pour y recueillir tout ce qu’il pouvait de renseignements sur l’antiquité. Désireux de mettre toujours plus d’exactitude et de vraisemblance dans ses compositions inspirées par la fable ou par l’histoire, il s’appliquait à rassembler dans ses cartons de nombreux dessins d’après les monuments, le mobilier et les costumes des anciens. Avec une ardeur pareille, il ne se lassait pas non plus d’étudier dans les collections romaines les chefs-d’œuvre des maîtres et en particulier de ceux vers lesquels le portait son propre tempérament. Entre tous, Titien l’attirait de plus en plus, et c’est à ce moment qu’il fit d’après deux de ses plus célèbres tableaux des copies qui se trouvent aujourd’hui au Musée de Stockholm. Exécutées pour le duc Alphonse de Ferrare en i5i8 et i5ig, l’Offrande à Vénus et la Bacchanale, par le sens original de la beauté pittoresque qu’elles révèlent, marquaient dans la carrière artistique du peintre de Cadore le complet épanouissement de son génie. Après la prise de possession du duché de Ferrare par le pape, le cardinal Aldobrandini s’était furtivement emparé de ces deux ouvrages et les avait en i5g8 transportés à Rome dans son palais où ils excitaient l’admiration unanime des connaisseurs (i). Incapable de s’astreindre à
( 1 ) En i638, les deux tableaux de Titien furent offerts à Philippe IV par le comte de Monterey, vice-roi d’Espagne en Italie, et ils sont aujourd’hui au Musée du Prado . Quant aux copies, achetées à la mort de Rubens par Philippe IV, elles furent transportées en Suède au commencement de ce siècle par Bernadotte et données par son fils au Musée de Stockholm.