CHAPITRE Y
une exactitude absolue, Rubens dans les copies qu’il en a faites, insiste sur le côté décoratif de ces épisodes et sur le rôle heureux qu’y joue le paysage. Les formes chez Titien sont plus choisies, la couleur plus chaude est aussi plus concentrée, la facture plus fine, plus fondue et plus serrée. Chez Rubens, avec des colorations plus claires, plus gaies, plus argentines, les actions sont plus vives, plus entraînantes; les types aussi se modifient et la belle figure de Nymphe étendue au premier plan de la Bacchanale devient une Flamande aux chairs molles et rebondies.
Entre temps, et sans doute afin de parer un peu à l’insuffisance de la modique pension qui lui était allouée et dont il avait tant de peine à obtenir le paiement, Rubens ne négligeait aucune occasion de tirer parti de son talent. Nous voyons une nouvelle preuve de son activité et de son esprit d’ordre dans la part qu’il prit alors à une publication qui nous est signalée dans le catalogue de Basan (i). Cette publication, qui parut à Rome en i6og sans nom d’éditeur, consistait en une suite de 79 petites planches précédées d’un frontispice, sous le titre : Vita beati P. Ignalii Loyolæ, societatis Jesii fondatoris.
Ainsi que le fait observer avec raison M. Hymans (2), en dépit de cette désignation de Rome comme lieu de publication, le caractère de la plupart des gravures dénote une origine toute flamande. Il est probable que, faite à l’occasion de la béatification de saint Ignace, en 1607, cette publication avait été entreprise par quelque éditeur d’Anvers (3) qui, après avoir réuni le plus grand nombre des illustrations, très faibles d’ailleurs, dont cette suite est formée, les avait fait graver. Mis en relations avec Rubens, son compatriote, il pria, sans doute, ce dernier de compléter ce travail en se chargeant lui-même non seulement de fournir les quelques dessins qui manquaient, mais de revoir les planches déjà exécutées et d’indiquer sur les plus défectueuses les corrections qui lui paraîtraient indispensables. Tels sont, du moins, les détails qui nous sont transmis par un précieux autographe de Mariette, qui, au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale, précède l’exemplaire complet et unique, autrefois acquis par Mariette lui-même. Plusieurs des feuilles portent, en effet, sur les marges les annotations en flamand, ainsi que les corrections faites par
(1 Catalogue des Estampes gravées d'après Rubens, page 206.
(2) l.a Gravure dans l'école de 'Tyubens, page i5 et suiv.
(3) Cette ville était alors, on le sait, le priacipal centre de l’imagerie religieuse.