CHAPITRE V
vie active, sans qu’on songeât à le faire revenir à Mantoue. Le duc Vincent, parti le i8 juin avec une suite de plus de trente cavaliers, s’était d’abord dirigé, par la Suisse, vers Nancy, où il s’arrêtait che*z sa fille Marguerite, mariée au duc de Lorraine; puis, après un séjour à Spa, il arrivait le 29 août à Bruxelles et se rendait ensuite à Anvers, où des fêtes étaient données en son honneur. Au moment même où il s’y trouvait, Rubens allait y être rappelé, à raison des nouvelles très alarmantes qu’il recevait, le 26 octobre, sur la santé de sa mère. Ainsi qu’on le lui disait, une crise d’asthme très violente, « à laquelle s’ajoutait le poids de ses soixantedouze années, l’avait mise dans une situation telle qu’il n’y avait plus à attendre pour elle que la fin commune à tous les humains ». Le peintre avait donc, en grande hâte, mis ordre à ses affaires les plus pressantes. Il semblerait même qu’il eût comme un pressentiment de son départ prochain, car, la veille du jouroù il apprenait l’état désespéré de sa mère, il avait pris des dispositions au sujet du paiement des trois tableaux peints pour le chœur de la Chiesa Nuova. Deux jours après, le 28 octobre, il avisait Chieppio de la nécessité où il était de quitter Rome brusquement, sans attendre la permission de son maître. Il cherchera, dit-il, â le rencontrer en chemin et,, suivant les indications qu’il pourra recueillir à cet égard, il choisira telle ou telle route afin de pouvoir le joindre. Au lieu donc de se rendre â Mantoue, il prendra la voie la plus directe, et son absence, au surplus, ne sera pas de longue durée (i). Comme les tableaux de la Chiesa Nuova, bien qu’ils n’aient pas encore été découverts au public, sont cependant terminés, rien ne s’opposera à ce qu’au retour il se rende aussitôt â Mantoue, pour y rester à la disposition de son maître, « la volonté de ce dernier devant toujours et en tout lieu être suivie par lui comme une loi inviolable ». Et en marge, à la fin de cette lettre, pour montrer la précipitation où il est, il ajoute : « Au moment de monter â cheval salendo a cavallo ». Quel que fût son empressement, il ne devait plus retrouver sa mère ; à la date où il recevait la nouvelle de son état désespéré, celle-ci était déjà morte depuis cinq jours.
Rubens était, sans doute, sincère dans l’intention qu’il manifestait de revenir en Italie et de demeurer au service du duc de Mantoue ; mais les liens depuis longtemps assez lâches qui le rattachaient à lui s’étaient dans
(1) Sandrart dit que Rubens avait gagné Anvers par Venise ; si la chose est vraie, ce n’eût pas été pour lui un détour de repasser par Mantoue.
IMP.DRAEGER. PARIS