CHAPITRE PREaMIER
d’être éconduit. » Mais sur l’heure, croyant sa fin prochaine, il demandait la mort, « sans qu’on le fît trop languir ». La princesse voyant qu’il était inutile de persister dans ses dénégations, se décidait alors à tout avouer (25 mars iSyi), avec l’espoir qu’on laisserait Rubens retourner près de sa femme et de ses enfants, car elle confessait que « sa conscience n’était pas médiocrement chargée d’avoir donné à cette malheureuse épouse si mauvaise récompense pour tous les services qu’elle lui avait rendus ».
Le secret avait été bien gardé, et l’on conçoit les inquiétudes de Maria Pypelincx, qui non seulement ne voyait pas revenir son mari, mais demeurait sans nouvelles de lui pendant trois semaines. Après avoir écrit plusieurs fois à la princesse, étonnée de ne pas recevoir de réponse, elle se décidait à envoyer deux messagers pour essayer de découvrir la vérité. Tout à coup, le avril, arrivait enfin une lettre dans laquelle le prisonnier lui annonçait à la fois sa faute et son arrestation, et, dans les termes les plus humbles lui demandait pardon de tous ses torts envers elle. 11 n’est que trop facile de comprendre l’émotion de la malheureuse épouse qui, avec l’écroulement de son bonheur, pressentait déjà le triste avenir qui l’attendait, elle et les siens. Mais, refoulant dans son coeur les sentiments que devait éveiller en elle la double trahison dont elle était victime, elle ne voulut songer qu’à la situation lamentable de son mari et aux dangers qui le menaçaient. Sa résolution est aussitôt prise. Avec toute l’énergie dont elle est capable, elle se dévouera pour l’arracher à la mort et pour le défendre contre le ressentiment de ceux qui le tiennent entre leurs mains. Afin qu'il ne s’abandonne pas lui-même, elle commence par le réconforter; elle lui accorde son pardon absolu, et, avec une générosité admirable, elle ne veut même plus qu’il parle de ses torts.
Le sentiment qui l’inspire est si élevé, les termes qu’elle emploie sont si touchants et d’une charité si parfaitement chrétienne qu’il convient ici de lui laisser à elle-même la parole. « Comment pourrai-je, dit-elle, pousser la rigueur au point de vous affliger encore, quand vous êtes dans de si grandes peines que je donnerais ma vie pour vous en tirer? Lors même qu’une longue affection n’aurait pas précédé ces malheurs, devrais-je vous montrer tant de haine que je ne puisse vous pardonner une faute envers moi !... Soyez donc assuré que je vous ai complètement
IMP.DRAEGER. PARIS