‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 122 sur 553 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

travail qui seules pouvaient adoucir pour lui une pareille épreuve. Peutêtre la proximité de l’abbaye de Saint-Michel et de la maison qu’habitait sa mère et probablement aussi son frère a-t-elle prêté quelque créance à cette assertion. Celle-ci demeurait, en effet, dans la Klooster-Straat, tout près de cette abbave où depuis longtemps elle aimait à faire ses dévotions et où elle avait voulu être enterrée. Rubens, en s’installant dans la maison de la Klooster-Straat, v retrouvait le souvenir encore présent de cette mère héroïque. Tout dans ce modeste logis lui parlait d’elle, de sa vie simple et régulière. C’est avec une émotion bien légitime qu’il apprenait de son frère Philippe la fermeté qu’elle avait montrée dans ses derniers jours, alors que tout à fait infirme et sentant sa mort prochaine, elle avait réglé elle-même les dispositions de ses funérailles et prescrit, en bonne chrétienne, les sommes modiques qu’on devait prélever sur sa petite succession en faveur des hospices et des pauvres. Devenus les^ tuteurs naturels des enfants laissés par leur sœur Blandine, les deux frères s’étaient, avec un esprit constant d’équité, occupés du partage de cette succession dont le règlement définitif eut lieu deux ans après, le 17 septembre 1610 (i ). Également . soucieux d’honorer la mémoire de leur mère, tous deux aussi lui avaient fait construire un tombeau en marbre, surmonté d’une inscription latine, consacrée « à très sage et très accomplie dame Maria Pypelinex, qui, mariée à Jean Rubens, sénateur d’Anvers, resta religieusement fidèle à son souvenir pendant ses vingt-deux années de veuvage.... Philippe et Pierre-Paul Rubens ainsi que les enfants de leur sœur Blandine ont élevé pieusement ce monument ».

Pour marquer par un témoignage encore plus personnel l’étendue de ses regrets, l’artiste avait dès lors formé le dessein de consacrer à cette mère bien-aimée les prémisses de son talent, en plaçant dans la chapelle même où elle était enterrée une de ses œuvres les plus importantes.

Les premiers moments de son séjour à Anvers avaient été employés par Rubens à ces divers soins ; mais les jours s’écoulaient et il était temps pour lui de prendre un parti au sujet de son avenir. Retournerait-il à Mantoue, ainsi qu’il en avait manifesté l’intention dans sa lettre à Chieppio, ou bien resterait-il en Flandre? Poussé par son affection, son frère a\ ait certainement fait tous ses efforts pour le retenir auprès de lui à

(i) P. üénard : ‘P.-P. ^\ubeus; Anteckeningen over den grooten mcesler ; Anvers, 1877, p. 4ÎJ0.

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