‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 123 sur 553 · RUBENS SE FIXE A ANVERS · texte numérisé non relu

RUBENS SE FIXE A ANVERS

Anvers. Lui-même venait de s’y fixer, et, cédant au désir de ses amis qui avaient sollicité pour lui la place de secrétaire de la ville, il était revenu d’Italie pour s’y installer au mois de mai 1607. L’année suivante, il avait publié à l’imprimerie Plantinienne son ouvrage ; Electorum libri duo, pour lequel Pierre-Paul lui avait fourni plusieurs dessins faits à Rome, sur sa demande, d’après des statues ou des bas-reliefs représentant des détails de costume ou de mobilier visés dans le texte. Peu de temps après l’arrivée de son frère, un des secrétaires de la ville, Jean Boghe, étant mort, Philippe avait été désigné à l’unanimité par les magistrats, le 14 janvier i6og, pour lui succéder. Nommé le même jour bourgeois d’Anvers, il recevait, dès le 29 janvier suivant, les lettres de Brabantisation qui lui étaient accordées par l’archiduc Albert, afin de lui permettre d’exercer les fonctions auxquelles il venait d’être appelé, et, muni de ce poste honorable, le nouvel élu pouvait désormais réaliser un projet d’établissement qu’il caressait depuis quelque temps. Familier de la maison d’un des quatre secrétaires, Henri de Moy, dont il était maintenant le confrère, il épousait sa fille Maria, le 26 mars i6og, à l’église Notre-Dame.

L’exemple et les instances de son frère durent agir vivement sur l’esprit de Pierre-Paul pour le retenir à Anvers. On sait avec quelle clairvoyance Philippe lui avait depuis longtemps prédit les ennuis qui lui étaient réservés à la cour de Mantoue. Les événements n’avaient que trop justifié ses prévisions : la versatilité de Vincent de Gonzague et les embarras de ses finances s’accusaient de plus en plus. Pierre-Paul avait donc pu reconnaître à ses dépens le peu de sécurité de la situation qu’il occupait auprès de lui. D’un jour à l’autre, il faudrait se séparer, peut-être dans les conditions les plus fâcheuses, et, au lieu d’affronter des difficultés presque certaines en retournant à Mantoue, l’occasion était bonne de rompre sans éclat. 11 pouvait alléguer les motifs les plus légitimes pour rester avec les siens : le soin de ses affaires et le souci de son avenir. D’une manière générale, d’ailleurs, l’état de l’Italie, les troubles qui la déchiraient, la menace d’une conflagration toujours imminente au milieu de tant de compétitions rivales, n’étaient guère de nature à le rassurer. Sans être encore bien brillante, la situation des Flandres se présentait sous des couleurs moins sombres. Grâce au gouvernement des archiducs et au régime de tolérance relative qu’ils avaient inauguré, ce malheureux pays commençait à se remettre de ses épreuves. Tout le monde avait soif de tranquillité, et

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