‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 124 sur 553 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l’apaisement des esprits faisait pressentir la trêve qui, bientôt après, en 1609, allait être conclue avec les Provinces-Unies. Non seulement Père des persécutions était terminée, mais^ sans même parler des archiducs qui avaient le goût des arts, le clergé faisait déjà d’importantes commandes aux artistes pour décorer les églises et les chapelles qui de tous côtés étaient construites ou restaurées. A Anvers, même des travaux considérables étaient projetés. La population avait hâte de voir disparaître les ruines causées par le pillage de la ville et par la terrible destruction des images. On s’occupait de l’embellissement de l’Hôtel-de-Ville pour lequel on venait d’acheter à Jean Brueghel un Christ en bronze, ouvrage de Jean de Bologne; Abraham Janssens était chargé, moyennant ySo florins, de l’exécution d’un grand tableau allégorique : Anvers et V Escaut (i) et de son côté. Antonio de Succaavait à peindre les portraits des anciens souverains de la cité.

Philippe se trouvait en relations avec les plus grands personnages, et par son entremise son frère pouvait compter sur la protection de Richardot et des membres les plus influents du clergé : les deux bourgmestres Halmale et Nicolas Rockox étaient ses amis, et à l’occasion il aurait aussi rencontré d’utiles appuis dans les conseils de la ville. Le moment, du reste, était singulièrement propice pour un artiste de talent. Ce n’est pas qu’il manquât alors à Anvers de peintres distingués. Plusieurs d’entre eux étaient attachés au service des archiducs: Jean Snellinck, \V. Coeberger, Jean Brueghel et Octave van Veen, le maître de Rubens. Ce dernier avait luimême pu connaître Sébastien Vrancx et Henri Van Balen à l’atelier de Van Noort.

Mais, si estimés que fussent ces divers artistes, aucun d’eux n’avait acquis surses confrères une supériorité bien marquée. Pierre-Paul revenait parmi eux avec le double prestige d’un long séjour fait en Italie et de la célébrité que son talent lui avait déjà value. Les occasions de se produire et de montrer ce qu’il pouvait ne lui manqueraient donc pas, et, sans présomption, il était en droit d’espérer qu’il se ferait bientôt sa place. Au lieu de l’isolement et des mécomptes qui l’attendaient à Mantoue, il trouvait à Anvers l’afl'ection des siens, et, avec la liberté, la perspective des grands ouvrages qui pourraient lui être confiés. Ses intérêts comme son ambition

I Aujourd’hui au Musée d’Anvers.

IMP.DRAEGER. PARIS

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