‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 134 sur 553 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

nièces de son frère lui offrait réunies toutes les qualités qui pouvaient faire une épouse accomplie. Agée de dix-huit ans, fille du greffier municipal, Jean Brant, et de Clara de Moy, sœur aînée de Maria femme de Philippe, Isabelle Brant joignait au charme de son gracieux visage, celui d’une nature douce, aimante et loyale. Les deux jeunes gens avaient pu se voir tout à l’aise, et comme les deux familles désiraient également cette union, dès qu’ils se furent expliqués entre eux, les accords furent bientôt faits. Le mariage avait donc été célébré le 3 octobre 1609 (i), à l’église Saint-Michel, et dans ce sanctuaire tout plein du souvenir de sa mère et qui renfermait ses restes, Pierre-Paul put, en évoquant cette chère mémoire, l’associer à ce grand acte de sa vie. Philippe, on le pense bien, ne devait pas manquer une si belle occasion de faire œuvre de lettré, et il composa en vers latins un épithalame en l’honneur des deux époux. Ce morceau d’un goût douteux ne laisse pas d’être instructif, et les crudités grivoises qu’on y rencontre peuvent donner idée de la liberté de langage qui, même parmi la bourgeoisie la plus décente, avait cours à cette époque. Au milieu des équivoques et des allusions assez risquées d’un latin qui dans les mots brave un peu trop l’honnêteté, à peine peut-on décou- ^■rir çà et là quelques vers d’un tour assez heureux, celui-ci, par exemple, que Philippe adresse à la nouvelle épousée.

« Sola mânes, nova nupta, tuo cum conjuge, sol a. »

Une vie nouvelle s’ouvrait pour Rubens et grâce à la tendresse et au dévouement de cette fidèle compagne, il devait, tant qu’il la conserva, trouver à son fover la tranquillité morale si nécessaire à la production des grandes œuvres qui allaient illustrer sa vie. Le charmant tableau peint par lui dès les premiers temps de son mariage et qui appartient à la Pinacothèque de Munich, nous apporte le gracieux témoignage du bonheur que goûtaient les deux époux. L’artiste s’y est représenté en costume élégant, — habit d’un brun jaunâtre et bas de soie orangée, — assis sur un siège un peu élevé, ayant à ses pieds sa jeune femme coiffée comme lui d’un chapeau à haute forme (2) et richement habillée d’une robe à jupe

(1) Cette date est établie par une lettre de Baltazar Moretus, récemment publiée dans la Correspondjiice de Rubens, t. II, p. 10.

(2) Une bande de la toile ayant été malheureusement coupée à la partie supérieure, on n’aperçoit guère que le bord du chapeau de Rubens et la figure semble, à cause de cette mutilation, un peu écrasée.

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