CARACTÈRE DE SON TALENT
dans les dispositions du clergé lui-même. Chez les Jésuites, dont l’influence prédominait de plus en plus, il y avait comme un parti pris d’écarter à l’avenir les questions irritantes. Leur ordre s’était mis franchement à la tête de ce retour aux études classiques dont les humanistes s’étaient faits les promoteurs, et leurs écoles rivalisaient sur ce point avec les universités récemment créées en Hollande. Une aristocratie intellectuelle se formait ainsi peu à peu chez laquelle une culture très raffinée permettait d’accommoder entre elles des idées souvent contradictoires. Ce mélange de sacré et de profane — • David et les Sibylles, Noë et Hercule, le Sîyx et les Enfers, l’Olympe et le Ciel, etc. ■ — que déjà l’Église avait admis dans ses chants liturgiques, on le retrouvait dans les sermons de la chaire, aussi bien que dans les controverses des Docteurs, et ces confusions inconscientes s’étalent insensiblement glissées des formes extérieures jusque dans les esprits. La pompe du culte et des cérémonies était devenue de plus en plus magnifique. A défaut de style, les églises nouvellement construites présentaient une grande richesse de matériaux et de travail ; ce n’étaient partout que marbres précieux répandus à profusion, lourdes guirlandes dorées, sculptures fouillées et compliquées à l’excès. Si cette ornementation exubérante n’était pas d’un goût bien pur, du moins les intérieurs de ces édifices gais et plus ouverts offraient à la peinture des espaces plus vastes et mieux éclairés, appelant une décoration qui, par le libre épanouissement des formes et l’éclat de la couleur, s’accordât avec le goût du jour. C’est en vain que les prédécesseurs de Rubens s’y étaient appliqués jusque-là : leurs œuvres froides, sèches et guindées étaient aussi dépourvues de vie que de caractère. Ils avaient perdu le sens des traditions nationales sans parvenir à s’approprier l’abondante facilité et l’élégance des Italiens. Rubens, au contraire, par ses qualités natives com.me par son éducation, était merveilleusement préparé à la tâche dans laquelle iis avaient échoué. Il avait un goût naturel pour la clarté, le mouvement et la vie, autant de souplesse que de force pour exprimer les sentiments les plus variés. Il était prêt à traiter tous les sujets dans des compositions nettement définies, saisissabies de loin, rendues plus significatives encore par la vivacité et l’harmonie de ses colorations. Son séjour au delà des Alpes avait développé en lui le sens décoratif dont il avait l’instinct. Il avait fallu, il est vrai, quelque temps pour que des dons si dissemblables et des aptitudes qui paraissaient