CHAPITRE YU
peut-être aussi sa signification, symbole de la fidélité avec laquelle les survivants voulaient conserver des souvenirs qui leur seraient toujours
chers.
La mort de son aîné imposait à Rubens des obligations qu’avec sa
bonté naturelle il prit à cœur de remplir de son mieux. Devenu chef de famille, il avait non seulement à remplacer son frère dans la tutelle des enfants de leur sœur Blandine, mais il lui fallait, de concert avec Jean Brant, son beaupère, veiller sur les intérêts des mineurs laissés par Philippe lui-même et du fils dont sa bellesœur d evait encore accoucher quelques jours après la mort de son mari. Le bourgmestre Nicolas Rockox, par un sentiment de touchante sympathie, acceptait d’être parrain de cet enfant qui fut baptisé le i3 septembre i6ii à la cathédrale et reçut en mémoire de son père le prénom de Philippe.
En même temps qu’il montrait pour les siens un dévouement et une sollicitude qui ne se démentirent jamais, Rubens témoignait aux autres peintres une obligeance extrême. Toujours prêt à leur rendre service, il ne leur ménageait ni ses conseils ni son appui auprès de ses propres patrons. Aussi, dès cette époque, la plupart de ses confrères lui étaient-ils très attachés; Jean Brueghel, entre autres, qui pendant toute sa vie devait conserver avec lui les rapports les plus affectueux. Rubens professait une
PORTRAIT niv JEAX BRUEGIÎKT..
(Fac-similé d’une eau-forle de Van Dyck.)
COLLABORATION AVEC J. BRUEGHEL.
estime particulière pour le talent de son père, Pierre Brueghel le vieux, et non seulement il recherchait ses tableaux, — il en possédait, à sa mort, une douzaine dans ses collections, — mais il avait fait reproduire plusieurs d’entre eux par d’habiles graveurs. Bien que l’exécution précieuse et un peu menue de Jean Brueghel ne parût guère de nature à lui plaire, il appréciait également ses œuvres et sa personne.
Avec lui, il pouvait évoquer les souvenirs de l’Italie où Brueghel, qui y avait séjourné pendant trois ans, avait gardé d’excellentes relations, notamment avec son ancien protecteur, le cardinal Borromée. Devenu archevêque de Milan, ce dernier ne cessait de lui confier de nombreuses commandes et il le chargeait même assez souvent des acquisitions d’œuvres d’art qu’il faisait dans les Flandres. Une correspondance très suivie s’était établie entre eux à ce sujet; mais pour Brueghel, plus familier avec le pinceau qu’avec la plume, écrire une lettre était une fatigue et un ennui. Son stvle pénible et confus, le tour laborieux de ses phrases montrent assez toute la peine qu’il éprouvait à exprimer ses idées et à travers les bizarreries d’une orthographe plus conforme à la prononciation qu’aux règles de la grammaire, on a parfois quelque difficulté à déchiffrer sa pensée. Malgré tout, ce commerce épistolaire durait déjà depuis quatorze ans, quand, à la date du 7 octobre i6io, apparaît dans le recueil de ces lettres, une missive qui