‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 158 sur 553 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

chrétien, qui, en dépit de sa forte musculature, s’affaisse s»us son gracieux fardeau. L’eau est sourde, d’un vert sombre, pleine de mystère et d’embûches, et à l’horizon le ciel s’éclaire à peine des dernières lueurs du soleil disparu. Au milieu de cette obscurité menaçante, le corps jeune et souple de l’enfant se modèle en plein éclat. La belle esquisse de la Pinacothèque de Munich qui présente réunies sur un seul panneau les compositions des deux volets de la cathédrale est à la fois plus brillante et mieux conservée que ces deux originaux pour lesquels elle a servi d’étude; bien que les oppositions y soient moins violentes, l’effet de nuit en est plus concentré, plus piquant.

Dans la Descente de Croix, Rubens aurait pu s’inspirer également de bien des œuvres remarquables peintes par ses devanciers, ce beau sujet ayant dès les débuts de l’École flamande tenté quelques-uns de ses maîtres les plus illustres: van derWeyden, notamment, dans l’admirable composition que possède le chapitre de l’Escurial, et plus tard van Orley dans le grand tableau de la galerie de l’Ermitage. Mais en dépit des rares qualités de ces deux ouvrages, leur ordonnance ne laisse pas d’être défectueuse, à raison de l’importance à peu près égale accordée aux deux épisodes qui se partagent l’attention du spectateur : d’un côté, le Christ descendu de la croix; de l’autre, les saintes femmes s’empressant autour de la \’ierge défaillante. Ainsi conçues, les deux œuvres manquent de la forte unité que réclamait une scène aussi pathétique. Sans offrir plus d’unité, la célèbre fresque exécutée à la Trinité du Mont par Daniel de \’olterre ( i ), était certainement restée dans le souvenir de Rubens. Cependant, avec les exigences de clarté qu’il apportait dans son art, celui-ci sut éviter la faute de ses prédécesseurs. 11 ne se privait pas, nous l’avons vu, de prendre son bien partout où il le trouvait. Mais, en empruntant, sans grand scrupule, à Daniel de Volterre toute la partie supérfeure de sa composition, Rubens se garda bien de disperser comme lui son effet et d’amoindrir ainsi l’impression qui devait rester dominante. C’est la Descente de Croix et non l’Evanouissement de la Vierge qu’il se proposait de peindre et si mieux qu’on n’avait fait jusque-là il excelle à mettre en œuvre les ressources expressives et pittoresques de cette action dramatique, seul aussi il saura les concentrer, les subordonner à l’émotion

I; Michel-Ange passe pour en avoir fourni le dessin à sou élève, qui avait bien pu s’inspirer aussi de la gravure de Marc-Autoine faite d'après un dessin de Raphaël.

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