‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 163 sur 553 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

aujourd’hui à l’Ermitage, assez semblable au tableau d’Anvers, par les types des personnages, aussi bien que par l’éclat des colorations, et qui fut peinte aussi vers cette époque pour les Capucins de Lierre, nous montre un arrangement un peu modifié, avec le corps du Christ rigide et presque vertical. Arras possède aussi deux Descentes de Croix de Rubens, l’une à la cathédrale, peu différente de celle de l’Ermitage, peut-être seulement retouchée par le maître et en tout cas fort détériorée ; l’autre à l’église Saint-Jean-Baptiste et qui provient de l’abbaye de Saint-Vaast, postérieure de quelques années. De forme moins allongée, elle ne réunit autour de la croix, très basse, que quatre personnages : Joseph d’Arimathie et saint Jean à la partie supérieure, et au-dessous la Vierge debout et Madeleine agenouillée, les cheveux épars, étendant, avec un élan passionné, ses bras vers la précieuse dépouille. Dans l’exemplaire du musée de Valenciennes, placé autrefois dans l’église Notre-Dame de la Chaussée de cette ville, l’artiste, à raison des dimensions qui lui étaient assignées, a dû resserrer sa composition dans le sens vertical. Le corps du Christ est encore attaché à la croix par sa main gauche et un homme à demi appuvé sur la barre horizontale de cette croix, arrache le clou qui l’v retient. Avec un geste superbe, la Vierge éplorée mais se raidissant contre sa douleur, s’apprête à recevoir le cadavre dont Madeleine accroupie baise respectueusement les jambes. Une tête d’homme vue en raccourci, les veux levés au ciel, peinture magistralement enlevée et qui a servi d’étude pour le saint Jean de ce tableau, fait partie de la Galerie Lacaze et l’exécution plus large de cette étude, sa pâte plus coulante et ses contours moins cernés nous permettent d’en fixer la date vers lôiS-iôij. C’est aussi vers cette époque qu’il convient de placer la meilleure, à notre avis, de ces variantes de la Descente de Croix, celle qui, après avoir orné le maître-autel de l’église des Capucins de Lille, est exposée aujourd’hui au musée de cette ville à côté d’une charmante esquisse de cet ouvrage, esquisse achetée à la vente Hamilton et qu’il est intéressant de comparer avec l’original. Moins pompeuse que celle de la cathédrale d’Anvers, la composition est d’une intimité plus touchante. L’ordonnance a aussi plus d’imprévu et l’harmonie plus grave est plus expressive. Le vert effacé de la tunique de saint Jean, le gris violacé de la robe de Joseph d’Arimathie et les gris vineux ou bleuâtres des costumes des autres assistants rehaussent encore l’éclat du cadavre et du linceul blanc placés en pleine lumière.

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