CHAPITRE VIII
élèves (i) par Rubens, lui furent payés en tout 144 florins, ce qui les met l’un dans l’autre chacun à 14 fl. 4, somme assez minime, étant donnée la réputation dont il jouissait alors. Il faut bien avouer, pourtant, qu’à raison du mérite assez mince de ces peintures, Mojetus en avait pour son argent. L’artiste, on le voit, ne dédaignait aucun gain, et pour ces ouvrages qu’il exécutait à ses moments perdus ou qu’il se bornait a faire exécuter dans son atelier, il se contentait d’une faible rétribution. Nous aurons, d’ailleurs, à remarquer plus tard qu’au lieu de toucher les sommes qui lui étaient dues pour ces diverses commandes par la librairie plantinienne, elles étaient laissées par lui en décompte pour les reliures et les fournitures de livres destinées à sa bibliothèque.
C’est pour un de ses protecteurs devenu aussi soh ami que Rubens peignit également de i6i3 à i6i5 un autre triptvque destiné au monument funéraire que Nicolas Rockox faisait préparer de son vivant pour sa femme et pour lui-même dans l’église des Récollets d’Anvers. Issu d’une famille bourgeoise qui, après s’être enrichie, avait reçu la noblesse, Rockox était un des hommes les plus distingués de cette époque. Dans les circonstances les plus difficiles, il devait neuf fois exercer les fonctions importantes de premier bourgmestre d’Anvers, et il s’appliquait autant qu’il le pouvait à soulager les maux occasionnés par la guerre ou à effacer le souvenir des discordes dont la ville avait tant souffert. Sa grande fortune n’était emplovée qu’à faire le bien, et pendant plusieurs famines il était venu très généreusement en aide à ses compatriotes. Ami des lettres, il était aussi curieux de botanique et passionné pour l’archéologie. Sa collection de bustes, de camées et de médailles antiques était très réputée, et c’est par son entremise que Rubens devait quelques années plus tard entrer en relations avec notre célèbre érudit Claude Fabri de Peiresc qui, depuis ifiofi, entretenait avec le bourgmestre d’Anvers une correspondance très suivie. Peiresc chargeait Rockox de ses achats de livres et de médailles dans les Flandres en reconnaissant, de son côté, ses procédés obligeants par des envois de plantes du Midi, des althaeas, des cistes, des lauriers thyms, des narcisses, etc. Dans le triptyque exécuté par le maître
1 Les derniers d'entre eux, ceux des érudits ou des protecteurs des lettres au temps de la Renaissance, sont des copies d'après les gravures des livres de Paul Jove : Vitx illuslrium x'irorum et Elogij virorum dodorum (Bâle, 157c que Rubens s'était procurés en i633 par l'entremise de Baltazar Moretus.
IMP.ORAEGER. PARIS