‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 181 sur 553 · TABLEAUX DE CHASSE · texte numérisé non relu

TABLEAUX DE CHASSE

çants ou ahuris, contractés par la souffrance ou déjà pâlis par la mort. Mais, derrière ce chaos apparent, on sent un esprit net, équilibré, qui a tout prévu, tout réglé pour donner à son œuvre sa pleine signification. Vers la droite, où porte surtout l’effort du tableau, les valeurs plus fortes soutiennent le poids des masses et concentrent l’effet; des gris neutres très habilement répartis, laissent tout leur prix à quelques nuances plus vives, semées çà et là. Le paysage lui-même, avec son horizon bas qui permet à la découpure très accidentée de la silhouette de se détacher tout entière sur le ciel, aide singulièrement à la grandiose impression de la scène.

En traitant des sujets de ce genre, Rubens avait pu reconnaître combien ils convenaient à son tempérament. Ils rencontraient aussi, sans doute, la faveur du public, à en juger par le nombre des variantes qu’il peignit ou qu’il fit peindre dans son atelier. A côté de cet exemplaire de la Pinacothèque, exécuté « pour le Sérénissime duc de Bavière », nous savons, en effet, que le maître en avait offert à sir Dudley « une copie commencée par un de ses élèves, mais entièrement retouchée de sa main ». Vient ensuite une Chasse au Lion et à la Lionne, aujourd’hui disparue, mais qui nous est connue par la gravure de Soutman ; puis une Chasse aux Lions et aux T igres que possède la galerie de Dresde, peinte aussi d’après une esquisse de Rubens, d’une ordonnance moins heureuse, moins ramassée, moins imprévue, et, sans parler d’autres ouvrages du même genre auxquels nous aurons l’occasion de revenir, la Chasse au Crocodile et à l’Hippopotame du musée d’Augsbourg, également un travail d’élève, mais dont la composition, du moins, met bien en lumière l’étrangeté et la sauvage puissance des deux monstres aquatiques. Delacroix admirait fort cette dernière œuvre. Tandis qu’il trouve « l’aspect de la Chasse aux Lions confus, et regrette que l’art n’v ait pas assez présidé pour augmenter par une prudente distribution de la lumière ou par des sacrifices, l’effet de tant d’inventions de génie », il préfère, en revanche, la Chasse à l' Hippopotame, « qui est la plus féroce et dont il aime l’emphase, et les formes outrées et lâchées » ( i).

Par une sorte d’impulsion et d’entraînement irrésistibles, un travail, chez Rubens, en engendre un autre, et comme pour stimuler sa verve, il

O Journal d'Eugène Delacroix ; 6 mars 1R47.

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