TABLEAUX RELIGIEUX
iq5
faisant ployer sous le faix les diables qui les emportent. Il y a plus de sérieux, de goût et d’unité dans le Petit Jugement dernier, peint un peu après, vers 1616-1617. Avec des dimensions plus restreintes, les figures y sont moins nombreuses et les masses mieux respectées. Grâce à des sacrifices utiles, l’effet est mieux concentré et par conséquent l’impression d’autant plus forte. Mieux encore que d’habitude, la simplicité du travail est exquise. Procédant par des frottis légers qui laissent jouer le fond transparent du panneau, Rubens indique d’un trait élégant ses figures qu’il modèle ensuite, dans un ton moyen, par des demi-pâtes ; puis, à l’aide de quelques vigueurs, il précise les contours ou accentue les ombres. Des rehauts très clairs expriment avec autant de décision que de justesse le brillant des chairs, le luisant des chevelures, la souplesse et la plénitude des formes ou la netteté des saillies. D’ailleurs, malgré la similitude des sujets, vous ne trouverez là aucune redite du tableau précédent : le maître ne s’astreindrait pas à se copier et il imagine toujours des combinaisons nouvelles pour exprimer des idées pareilles.
On est étonné de voir cet homme si doux et si aimable se complaire à ces accumulations d’horreurs et à ces cauchemars. Outre qu’ils étaient dans le goût du temps, ces sujets violents convenaient aussi au tempérament de Rubens. Il s’en délectera toute sa vie, insistant à plaisir sur ce qu’ils peuvent avoir de cruel, sans nous épargner jamais des brutalités inutiles ou choquantes. Dans les traits qu’il nous en offre, il est plus abondant que choisi, et avec plus de force que de goût, il pousse très volontiers les choses à l’extrême. Mais avec le même entrain qu’il a rempli l’enfer de supplices et de monstres effroyables, il va, l’instant d’après, comme dans la Madone entourée d’ Anges, du Louvre, nous montrer le ciel tout peuplé de figures souriantes et gracieuses. De tout temps, il a aimé les enfants et il excelle à les peindre. Il avait pu voir, pendant son séjour en Italie, quels succès avaient accueilli ces Amoretti qui, dans les tableaux de l’Albane, son contemporain, étalaient leurs mièvreries froides et compassées. Mais il avait trop le sentiment de la vie pour goûter ces fadeurs et avec plus de naturel et de richesse pittoresque, Titien lui avait offert des exemples plus relevés. Jamais, chez Rubens, la grâce ne devait confiner à l’afféterie. C’egt une fête pour les yeux que ce tableau du Louvre où il a représenté la Vierge tenant l’Enfant Jésus au milieu d’une guirlande d’an-