ÉLÈVES ET COLLABORATEURS
raient jamais pu, sans leurs élèves, venir à bout des nombreux travaux qu’ils y avaient exécutés. Tout conspirait, du reste, pour que l’artiste profitât des facilités mises ainsi à son service. En homme d’ordre qu’il était, Rubens ne négligeait aucune occasion de tirer le meilleur parti possible de son talent et il n’aima jamais à renvoyer les mains vides les amateurs qui désiraient avoir de ses ouvrages. Si parfois lorsqu’ils n’auraient pu rétribuer convenablement son travail, il lui arrivait de les adresser à des confrères moins bien partagés, le plus souvent il acceptait même les moindres commandes, quitte à ne leur consacrer qu’un temps proportionné à la rémunération qui lui était offerte. Sans doute, à ne considérer que le souci légitime de sa réputation, il eût été préférable que tout ce qui sortait de son atelier fût digne de son talent et montrât bien la perfection dont il était capable. Mais, en Italie aussi, bien des œuvres indignes de Raphaël avaient été livrées sous son nom, et, dans les Flandres mêmes, le temps n’était pas encore éloigné où les peintres devaient se prêter à tous les offices qu’on réclamait d’eux. Ce n’étaient là alors que des questions de prix à débattre entre les intéressés et dans lesquelles chacun n’était lié que dans la mesure où il s’était engagé. Comme à partir de cette époque, Rubens ne devait plus qu’exceptionnellement signer ses tableaux, — pas plus ceux qui étaient entièrement son ouvrage que ceux à l’exécution desquels il était resté presque étranger, — c’est le mérite seul de ces œuvres qui établissait leur valeur.
Dans ces conditions, Rubens allait montrer les hautes qualités d’organisation qu’il apporta toujours dans la conduite de sa vie. Il excellait â juger les hommes, et après avoir un peu pratiqué ses élèves, il arrivait promptement à discerner les aptitudes de chacun d’eux et à reconnaître ce qu’il était possible d’attendre de son aide. Tel était plus habile à peindre le nu, tel autre les animaux, d’autres enfin le paysage, l’architecture ou les accessoires. C’est d’après l’appréciation de ces diverses aptitudes que Rubens organisait la division méthodique du travail de collaboration auquel il les associait et qui comportait pour eux tous les degrés de participation. En général, pour les toiles les plus importantes, il peignait lui- même sur un panneau préalablement recouvert d’une couche de plâtre d’un blanc grisâtre une esquisse très nettement arrêtée dans laquelle les groupes, les figures et jusqu’aux moindres détails étaient dessinés avec soin au pinceau et d’un ton brun foncé.