COLLABORATEURS UE RUBENS
sücie plus intimement à sa manière. Les analogies entre eux sont si nombreuses et la fusion est si parfaite qu’il est souvent impossible de discerner quel est le travail propre de chacun d’eux : même façon de manier la pâte, de poser les rehauts, de donner par la sûreté de la touche l’idée du relief et l’expression saisissante de la vie. Sans être obligé, comme il le faisait avec les autres, de remanier son travail, Rubens était certain d’être toujours bien compris quand il réservait à Snyders l’exécution des animaux familiers ou des fauves, celle des fruits ou des divers accessoires qui devaient trouver place dans ses œuvres. Le Prométhée enchaîné qui figure en tête de la liste des tableaux dont l’acquisition était proposée à sir Dudley, et dans lequel Snyders avait peint le vautour déchirant le foie de sa victime, nous montre que la collaboration des deux maîtres avait commencé de bonne heure. Elle se continua pendant longtemps, et c’est sur le pied d’une égalité parfaite que Snyders a exécuté dans de nombreux ouvrages de Rubens les biches ou les cerfs fuyant devant Diane et ses Nymphes, les sangliers aux abois et les chiens qui les harcèlent ; les lions et les panthères qui accompagnent pacifiquement le cortège du vieux Silène ou qui luttent avec rage contre les cavaliers qui les attaquent. Plus d’une fois aussi, en revanche, parmi les poissons, les volailles, les quartiers de viande, le gibier et toutes les grasses victuailles entassées dans les tableaux de Snyders, Rubens a peint quelque figure, une ménagère, un chasseur, l’un de ses fils avec une servante, ou même quelque personnage historique comme dans le Philopœmen général des A chéens reconnu, qui n’est, à vrai dire, qu’une grande nature morte ( i ). L’esquisse qu’en possède la galerie Lacaze nous montre avec quelle liberté et quel goût Rubens lui-même savait disposer et brosser en quelques heures les nombreux objets, fruits, légumes ou pièces de gibier qui sont étalés dans cette composition.
Si, dans les œuvres de Rubens auxquelles Snyders a travaillé, l’unité de l’ensemble est parfaite, il n’en est pas de même avec un autre collaborateur du maître, Jean Brueghel, son aîné d’une dizaine d’années. Sur celui-là Rubens ne pouvait avoir aucune influence, tous deux ayant déjà, quand ils se connurent, leur individualité très fortement accusée. L’eût-
1 1 i Le tableau pour lequel a été fait cette esquisse se trouvait, au siècle dernier, dans la galerie d’Orléans; nous ignorons quel est aujourd’hui son possesseur.