CHAPITRE IX
la bacchante qui escorte les deux ivrognes, son type même avec ses veux noyés et cette légère inclinaison de tête que par la suite on retrouvera plus d’une fois dans les portraits de van Dyck. Les procédés de l’exécution ne sont pas moins caractéristiques pour le maître, notamment cette
manière d’empâter et ce fondu de la touche qu’on remarque chez lui à cette époque. Dans le Saint /érdmequepossèdeaussi la galerie de Dresde (i), et qu’on a eu la bonne pensée de rapprocher de celui de Rubens, les différences sont encore plus accusées. Bien que l’harmonie en soit déjà très puissante, la touche estplusmenue, la facture plus coulante et dans les chairs le contraste des tons froids et des tons chauds est moins franchement opposé.
Le Martyre de saint Pierre du musée de PORTRAIT DE F R AN S sNYDERs. Bruxellcs, qui passc à
(Fac-similé de la gravure de van Dyck.) i i # f
bon droit pour avoir ete
fait avant le voyage d’Italie, sous l’influence des tableaux ou des copies de maîtres vénitiens que van Dyck avait pu voir chez Rubens, offre de grandes analogies avec le Saint Jérôme : même intempérance du bleu des lointains, mêmes carnations uniformément rougeâtres, et surtout même façon de travailler la pâte pour en obtenir ce grain égal sur lequel l’artiste applique parfois des rehauts avec plus d’aplomb que de justesse. II y a là comme un parti pris de bravoure ; en tout cas, rien qui ressemble
i) Le même modèle a servi pour ce Saint Jérôme et pour le Silène.
RUBENS ET VAN DYCK
à ces contrastes savants, à cette manœuvre généreuse de la brosse, à ce jeu des dessous, à ces accrocs de lumière si magistralement posés qu’avait alors Rubens. Si i’œuvre a tout l’entrain, toute la fougue d’une jeunesse
l’Érection de la CRorx =
(Esquisse pour le tableau de l’Église des Jésuites. — Galerie Lacaze.j
ardente, elle ne manifeste pas encore la sûreté accomplie, ni la possession de soi-même d’un artiste en pleine maturité.
Ces affinités comme ces dissemblances de talent, nous les constaterions également dans les quatre tableaux de la série du Christ et des Apôtres qui se trouvent aussi' à Dresde, dans le Samson et Dalila de Duhvich College, dans le Christ secourant les malades de Buckingham- Palace, dans de nombreuses études de têtes ou d’académies, ainsi que dans les deux grandes toiles du musée de Madrid : l'Ecce Homo et le Baiser de Judas ( i) qu’avant son départ pour Tltaiie van D}xk laissait à Rubens comme gage de sa reconnaissance et que celui-ci devait conserver chez
U) De Piles nous apprend même que ce dernier tableau était particulièrement goûté par Rubens « qui î’avait rnis sur la cheminée de la principale salle de sa maison ».