CHAPITRE IX
à traduire ses dessins et esquisses en peintures et tira ainsi de lui un grand avantage. Van Dvck fit les cartons et les tableaux peints pour les tapisseries de V Histoire de Decius Mus et d’autres cartons encore que par son grand talent il mena facilement à bonne fin ( ij. » En dépit de ce
témoignage de Bellori, il nous paraît certain que les cartons de Decius Mus sont exclusivement l’œuvre de Rubens, et avec M. Max Rooses, nous pensons même qu’aucune de ses productions n’a un caractère plus personnel. Il n’en est pas en tout cas qui manifeste mieux l’idée qu’il se faisait de l’antiquité. Nous avons d’ailleurs sur ce point l’affirmation positive du maître lui-même qui, en oflfrant à sir Dudley de lui servird’intermédiaire pour l’achat des tapisseries que ce dernier désirait acquérir, lui écrit à la date du 26 mai 1618:
PORTRAIT jD’HOMME.
(Galerie Liechtenstein.)
« Le choix en tout ceci est affaire de goût. Je vous enverrai toutes les mesures de mes cartons de VHistoire de Decius Mus, le consul romain qui se dévoua pour le triomphe du peuple romain; je vais demander à Bruxelles pour les avoir exactement. Tout se trouve entre les mains des maîtres tapissiers. » Quant à l’exécution de ces tableaux, — ils appartiennent aujourd’hui, ainsi que leurs reproductions en tapisseries, au prince Liechtenstein — si Rubens a pu, suivant son habitude, les retou-
I lidlori : \'Uc dci Pilluri, I, p. 257.
RUBENS ET VAN DYCK
cher çà et là, il ne l’a certainement fait que dans une mesure très restreinte et en respectant le travail de son collaborateur. Sauf quelques rehauts donnés par lui dans les chairs et quelques accents ayant pour objet de renforcer l’éclat de l’aspect général, c’est bien van Dyck qui est l’auteur de ces peintures et un examen attentif ne fait que confirmer sur ce point la tradition et les documents qui les concernent ( I ). Le développement des huit toiles que comprend la suite de Decius Mus présente une surface totale de plus de 8o mètres carrés et si à tous les travaux mentionnés précédemment comme étant l’œuvre de van Dyck, nous ajoutons encore des grisailles comme celle de la Pêche miraculeuse de Malines «National Gallery», ainsi que les dessins assez nombreux qu’il eut à faire d’après les tableaux
de Rubens pour les graveurs chargés de les reproduire, on reconnaîtra que c’est là un ensemble de travaux vraiment prodigieux, surtout si l’on songe au peu de temps pendant lequel l’artiste demeura dans l’atelier du maître. Cette période est, en effet, circonscrite entre des dates très rapprochées qu’il est possible d’établir avec toute la précision désirable.
C’est peu après avoir obtenu la maîtrise, en i6i8, que van Dyck est
P O R T R A rr DE F E .M M E .
(Galerie Liechtenstein.)
(il Parmi ces documents il convient de citer les déclarations faites successivement en 1661 et en 1682 par deux artistes d’Anvers, G. Coques et J. -B. van Dyck (ce dernier élève de Rubens) qui, à ce moment possesseurs de ces tableaux, les certifient « ^composés par le sieur Rubens et achevés par le sieur van Dyck ». Ces actes ont été découverts récemment dans les archives d’Anvers par M. J. Van den Branden, l’érudit bien connu.