CHAPITRE X
des sujets moins dramatiques, mais qui comportent une mise en scène pittoresque, il imagine des conceptions très personnelles. Les œuvres importantes qu’il exécuta pour la ville de Malines, à cette époque, en sont la meilleure preuve.
Presque en même temps, en effet, il recevait de cette ville deux commandes considérables. La première en date, fut celle du triptvque du maître-autel de l’église Saint-Jean, dont il était chargé le 27 décembre 1616 par l’administration paroissiale de cette église, moyennant le prix de i 800 florins qui ne lui fut payé que le 12 mars 1624. h,’ Adoration des Rois qui en occupe le panneau central avait été cependant livrée dès le 27 mars i6ig. C’était là un sujet cher à Rubens et auquel plus d’une fois encore il devait revenir. Sans parler du grand tableau offert par la \ille d’An\ers à don Rodrigo Calderon, il l’avait déjà traité vers i6i5, dans une composition analogue peinte pour l’église des Capucins de Tournai et qui appartient aujourd’hui au musée de Bruxelles. Bien que cette dernière constitue un progrès très marqué sur le tableau de Madrid, la facture y manque encore de souplesse. Çà et là les intonations sont lourdes ou criardes, notamment dans le costume de la Vierge et les draperies rouges de l’un des Mages. Les visages aussi sont d’un vermillon uniforme et l’opacité des ombres noirâtres trahit la persistance des lâcheuses habitudes contractées en Italie. Quoique mal exposée, ternie et endommagée par les restaurations qu’elle a subies, V Adoration de Malines nous montre avec une exécution plus large et une harmonie plus savante, une composition mieux ordonnée. A distance, l’aspect de l’ensemble est magnifique, plein de force et d’unité. En examinant plus attentivement le tableau, le regard y découvre bien des rapprochements heureux, comme l’or de la chape de brocart du vieux Mage et le rouge de la tunique de son compagnon placé debout près de lui (i ); le gris de la robe et le jaune des manches de la Vierge a^■ec le violet de son manteau. Cette vierge elle-même est charmante de grâce et d’ingénuité, et la demi-teinte transparente dans laquelle sont noyés les personnages du second plan fait encore ressortir le rayonnement de la figure du petit Jésus, autour de laquelle la barbe blanche du Mage agenouillé près de lui et l’hermine qui couvre ses épaules mettent comme une auréole de
i) Ce sont encore les types des deux jeunes fils de Rubens que nous reconnaissons dans les deux pages qui portent les pans de cette tunique.