LA PÈCHE MIRACULEUSE
blanches et douces clartés. Avec son sens fin et délicat, Fromentin ne pouvait manquer d’admirer cette peinture facile et brillante, réglée par un grand esprit, exécutée par une main alerte et docile et qui « sans avoir rien d’émouvant, ni surtout de littéraire », semble faite pour ravir des yeux d’artiste. « Il faut voir, dit-il, la façon dont tout cela vit, se meut, respire, regarde, agit, se colore, s’évanouit, se relie au cadre et s’en détache, y meurt par des clairs, s’y installe et s’y met d’aplomb par des forces. Et, quant au croisement des nuances, à l’extrême richesse obtenue par des moyens simples, à la violence de certains tons, à la douceur de certains autres, à l’abondance du rouge et cependant à la fraîcheur de l’ensemble, quant aux lois qui président à de pareils effets, ce sont des choses qui déconcertent (i). »
La commande d’un autre triptyque faite à Rubens pour l’église Notre-Dame au delà de la Dyle, par les poissonniers de Malines, n’était pas moins importante. Elle était destinée à orner l’autel affecté à leur corporation dans cet édifice, et le livre de comptes de cette association a fourni à M. Max Rooses quelques renseignements curieux à cet égard. Les travaux d’appropriation de l’autel et des panneaux ayant été faits par un menuisier de la ville, la corporation s’adressa à Rubens pour les peintures et le maître se rendit le g octobre 1617 a Malines où les dignitaires de la Société l’attendaient dans une auberge à l’enseigne du Casque. On alla de compagnie à l’église pour voir l’autel et convenir du prix. Mais l’accord n’ayant pas abouti ce jour-là, les membres du conseil firent le voyage d’Anvers le 5 février 1618, afin de se concerter avec l’artiste. Cette fois, le prix fut arrêté et fixé à i 600 florins. Les panneaux ayant été expédiés à Rubens, il se mit aussitôt à la besogne et le 1 1 août de l’année suivante, les délégués des poissonniers, prévenus qu’il avait terminé sa tâche, vinrent de nouveau à Anvers pour surveiller le transport des peintures qui, grâce aux facilités dont jouissait la corporation, fut effectué par eau.
Au dire du peintre Corneille Huysmans, le paysagiste bien connu, Rubens, se trouvant à Malines pour assister à la pose des tableaux, y aurait fait sur place quelques retouches.
(i) Les deux petits panneaux de V Adoration des Bergers et de la ‘l^ésurrcclion du Christ qui faisaient partie de la décoration de cet autel et qui se trouvent au musée de Marseille sont des compositions de Rubens, mais peintes assez gauchement par un de ses élèves.