‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 219 sur 553 · LA PÊCHE MIRACULEUSE · texte numérisé non relu

LA PÊCHE MIRACULEUSE

cherché pour cette figure une pose qui le satisfît, a laissé au Christ, sans les effacer, deux visages et trois mains. En revanche, les pêcheurs avec leurs mines résolues, leurs peaux tannées et rougeâtres, leurs robustes carrures et leurs musculatures très accusées, étaient bien faits pour plaire aux poissonniers d’Anvers. Ils se reconnaissaient eux-mêmes dans ces rudes travailleurs rompus à toutes les intempéries, aguerris à tous les dangers de leur aventureuse existence.

Quant à l’exécution de cette œuvre mouvementée, elle offre ce mélange incomparable d’audaces et de délicatesse, d’abandon et de savoir, d’improvisation et de méthode dont Rubens a le secret, et c’est à Fromentin que nous renverrons encore nos lecteurs, à ces pages accomplies, les meilleures peut-être de son livre, dans lesquelles, à propos de la Pêche Miraculeuse (i), il essaie de pénétrer le secret de ce travail expéditif et cependant d’une logique si rigoureuse, « de cette fièvre apparente, contenue par de profonds calculs et servie par un mécanisme exercé à toutes les épreuves... de ces couleurs également très sommaires et qui ne paraissent si compliquées qu’à cause du parti que le peintre en tire et du rôle qu’il leur fait jouer,... de cette préméditation calme et savante qui préside à des effets toujours subits,... enfin de toute cette magie des grands exécutants, qui chez d’autres tourne, soit à la manière, soit à l’affectation, soit au pur esprit de médiocre aloi, et qui chez lui n’est que l’exquise sensibilité d’un œil admirablement sain, d’une

(1) Les Maîtres d'autrefois, p. 58 à 73.

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