CHAPITRE X
main merveilleusement soumise et surtout d’une âme vraiment ouverte à toute chose, heureuse, confiante et grande ». Avec des qualités pareilles, un peu amoindries par une intervention plus active de ses collaborateurs, Tobie et l'A)ige et le Denier du Tribut, peints sur les volets, encadraient le panneau central, au-dessous duquel la décoration de l’autel était complétée par trois petites prédelles. Le Musée de Nancy en possède deux, d’une facture un peu hâtive, mais spirituelle et d’un parti très franc, avec des rouges vifs habilement opposés au ton glauque des flots dans le Christ marchant sur les eaux, et un Jonas tombant à la mer, où Rubens a exprimé de la manière la plus saisissante l’efTarement d’un homme qui se voit menacé d’une mort prochaine.
Bien d’autres compositions religieuses sorties à ce moment de l’atelier de Rubens méritent moins de fixer notre attention, ses élèves y avant pris une part trop considérable. De ce nombre sont les tableaux de la Pentecôte et de V Adoration des Bergers (Pinacothèque de Munich), deux grandes toiles se faisant pendants et dont l’exécution assez banale ne fait que mieux ressortir l’insignifiance. Terminées en 1619, elles furent cependant payées 3 000 florins à l’artiste, et le duc de Neuburg, qui les' avait commandées, s’en montra tellement satisfait que son agent à Anvers, outre le paiement de cette somme, fut chargé de remettre un cadeau à Isabelle Brant. Deux variantes de V Adoration des Bergers appartiennent aussi au Musée de Rouen et à l’église de la Madeleine, à Lille. Dans cette dernière, où la Vierge nous offre le même tvpe que les Madones peintes en collaboration avec Brueghel, le groupe des angelets qui contemplent l’Enfant Jésus est une merveille d’éclat et de fraîcheur. Le Christ mort sur les genoux de sa mère (Musée de Bruxelles) commandé par le duc d’Arenberg fut donné par lui en 1620 à l’église des Capucins de Bruxelles. Sauf le vêtement de l’ange dont le rouge trop entier détonne un peu, l’harmonie générale, faite de noirs, de gris, de violets, de bruns, de bleus et de rouges neutres, reste grave et expressive, et l’attention se reporte naturellement sur le cadavre du Christ qui ravonne d’une pâleur livide, au centre de la composition { i ).
C’ Assomption de la Vierge (également au Musée de Bruxelles) que, sur l’ordre des archiducs, Rubens peignit pour le maître-autel de l’église
(i l Le saint François, qui s’y trouve, ne figure pas dans l’étude faite pour ce tableau et qui est exposée parmi les dessins du Louvre.