‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 22 sur 553 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

suivait avec des alternatives de succès et de revers dont le contre-coup se faisait sentir dans les Flandres. A ces causes générales de perturbation se joignaient des soulèvements accidentels occasionnés par les ambitions ou les représailles que suscitait une pareille situation. C’est ainsi qu’en iSyy, l’année même de la naissance de Rubens, les Allemands, sous la conduite du colonel Fugger, avaient dirigé contre la maison de la Hanse une agression qui fut heureusement repoussée par les habitants. Plus tard, en 1 583, un soulèvement provoqué par le duc d’Alençon avortait également, et ses partisans, à la suite d’une attaque contre la porte de Kipdorp, avaient été poursuivis à travers les rues et jetés dans les fossés de la ville. Profitant de ces discordes, Alexandre Farnèse qui, en septembre iSyS, avait remplacé, dans le gouvernement des Pays-Bas, son oncle, don Juan d’Autriche, était venu bloquer Anvers et, après un investissement d’une année, avait forcé la place à capituler, le i5 novembre i585. En politique habile, le duc de Parme avait su ensuite exploiter les divisions de ses adversaires, et lorsqu’il mourait, en i5q2, il était parvenu à rétablir l’autorité de Philippe 11 sur toute la partie méridionale des Pays-Bas.

Fatiguée de ces luttes incessantes, la population d’Anvers avait soif de sécurité et de repos. Avec une intelligente activité, elle s’appliquait à réparer tant de ruines accumulées. Les persécutions religieuses avaient graduellement perdu de leur rigueur, et les émigrés rentraient peu à peu. Grâce à sa situation exceptionnelle, le port avait aussi repris quelque animation. Si l’on n’y voyait plus le mouvement qui, vers le milieu du siècle, au temps de sa plus grande prospérité, y faisait affluer le commerce du monde entier, — à ce point qu’au témoignage de Guichardin, les navires devaient parfois attendre deux ou trois semaines avant de pouvoir aborder les quais de débarquement, — • du moins un grand nombre des comptoirs étrangers, fermés au moment de la tourmente, commençaient à se rouvrir. En même temps, les diverses industries, qui ne contribuaient pas moins que le commerce à la richesse publique, comme le tissage de la toile, la teinturerie, la fabrication de la bière, celle des draps, des tapisseries, des faïences et de la verrerie, étaient redevenues florissantes. Enfin l’hôtel de ville, détruit pendant les cruels excès de la Furie Espagnole, avait été rebâti en i58i.

Ainsi qu’on l’avait vu à Venise et à Florence, la culture intellectuelle s’était développée parmi ces marchands, à mesure qu’ils arrivaient à la

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