ANVERS A LA FIN DU XVU SIECLE
fortune, et le goût des lettres et des arts était de plus en plus en honneur à Anvers. On n’y comptait pas moins de trois Chambres de Rhétorique, connues sous les noms de la Giroflée (de Violiere), le Souci (de Goudbloem) et la Branche d'olivier (de Olyftack) qui avaient chacune leur blason, leurs fêtes et leurs concours auxquels étaient conviées les sociétés analogues des villes voisines, et pour lesquels elles organisaient des représentations théâtrales et des cortèges allégoriques, fort en vogue à cette époque. De nombreuses imprimeries répandaient partout les œuvres des auteurs anciens ou modernes les plus renommés. La plus importante et la plus célèbre de ces imprimeries avait été fondée par le tourangeau Christophe Plantin. Arrivé à Anvers en iSqq, comme simple ouvrier, Plantin y créait, dès i555, un établissement qui, grâce aux qualités de travail et de persévérance dont il avait fait sa devise : Labore et Constantia, devenait en peu de temps très prospère et qu’il installait en iSyô, sinon dans les bâtiments, du moins à la place qu’il occupe encore aujourd’hui. Repris après sa mort par son gendre, Jean Moretus, cet établissement ne publiait pas moins de i 5oo volumes d’une exécution typographique très remarquable, souvent illustrés avec autant de goût que de luxe. Toutes les matières étaient comprises dans ce vaste ensemble de publications : Bréviaires, Bibles polyglottes, ouvrages de Théologie et de Jurisprudence, Atlas de géographie d’Ortelius et de Mercator, éditions de tous les auteurs de l’antiquité classiques, revisées avec soin par des érudits de premier ordre.
Les ressources d’instruction ne manquaient pas, on le comprend, dans un milieu pareil, et Maria Rubens, à son retour à Anvers, y trouvait pour ses fils toutes les facilités d’étude que pouvaient réclamer les carrières qu’ils se proposaient de suivre. Philippe, l’aîné, se perfectionnait dans les lettres qu’il aima toujours, avant d’aborder la science du droit. Laborieux et docile, il aurait pu servir d’exemple à son jeune frère, si celui-ci en avait eu besoin. Mais Pierre-Paul, doué d’une intelligence exceptionnelle, joignit de bonne heure l’amour du travail à une infatigable curiosité. Aussi avait-il devancé, et de beaucoup, tous ses condisciples. Outre la connaissance des deux langues, le français et le flamand, qu’on parlait à Anvers et celle de l’allemand, qu’il avait appris à Cologne, il possédait à fond le latin et il ne cessa pas, toute sa vie, de pratiquer les meilleurs écrivains, poètes ou prosateurs, que non seu-