LES MIRACLES DE SAINT IGNACE
des Carmes déchaussés, est datée par M. Max Rooses de 1619-1620; elle nous paraît d’une époque un peu postérieure, la couleur en étant plus brillante et plus blonde, et la touche plus libre et plus sûre. Le type de la Vierge, réminiscence évidente de V Assomption de Titien, n’a pas grande distinction; mais le groupe des apôtres, avec leurs costumes vert foncé, rouge, jaune et bleu, trouve un heureux écho dans le jaune et le bleu amorti des robes des deux jeunes femmes qui recueillent les fleurs éparses sur le linceul. La direction des lignes principales aussi bien que l’habile répartition des couleurs invitent d’ailleurs le regard à monter vers la figure de la Vierge qui s’élève radieuse, en pleine gloire, entourée d’angelets dont les corps, roses et nacrés, se détachent gaiement sur le gris des nuages ou sur l’azur du ciel. Par le contraste de ces colorations qui, fortes et austères dans le bas du tableau, vont en s’épanouissant, légères et brillantes, à la partie supérieure, l’artiste a très heureusement exprimé l’élan de joyeuses aspirations qu’il voulait mettre dans son œuvre. L’Académie de Dusseldorf et le Musée de Vienne possèdent des répétitions un peu modifiées de VA ssomption, et la dernière, exécutée en 1620 pour un des quatre autels latéraux de l’Église des Jésuites, porte la trace indéniable de la coopération de van Dyck, surtout dans les têtes et les vêtements des apôtres du premier plan.
C’étaient là des décorations magnifiques, d’une pompe un peu théâtrale, faites pour parler aux foules et agir sur les imaginations, en rapport par conséquent avec le courant des idées à cette époque. La Société de Jésus qui, par la prédominance qu’elle avait reconquise en Flandre, favorisait surtout ce mouvement, chargeait à ce moment Rubens de peindre deux grands tableaux (5 m. 35 de haut sur 3m.g5) consacrés à la mémoire des deux plus grands saints que cet ordre avait produits : les Miracles de Saint Ignace et les Miracles de Saint François-Xavier. Tous deux furent exécutés de 1619 à 1620, car, en signant, le 29 mars 1620, le traité conclu à ce sujet avec le Père Scribanius, Rubens les mentionne comme étant déjà terminés et devant lui être payés 3 000 florins le jour de l’entier achèvement des plafonds de l’église de la maison professe à laquelle ils étaient également destinés. Au Musée de Vienne qui possède non seulement ces tableaux, mais les esquisses qu’en a faites Rubens, la Direction a eu l’heureuse idée de rapprocher les unes des autres ces peintures. On peut ainsi mieux apprécier la distance qui