CHAPITRE X
d’être exactement renseigné, Rubens avait évidemment observé sur le vif les effets de ces maladies mystérieuses qui, de tout temps, sous des appellations différentes, ont affligé notre pauvre humanité. Privé de ce solide appui de la réalité, le maître est moins heureux dans ses inventions de monstres ou de démons, et les avortons aux formes bizarres et grotesques dans lesquels il a voulu représenter les esprits impurs exorcisés par le saint sont plutôt ridicules que terribles. Au point de vue pittoresque, la scène est admirablement composée et les figures s’enlèvent très franchement sur le ton léger d’une architecture à colonnades et à coupoles garnies de caissons, avec des trouées de ciel bleu ménagées à travers les ouvertures. La lumière s’étale largement, par grandes nappes, et l’éclat des colorations discrètement réparties est encore rehaussé par la savante diversité des tons neutres qui leur donnent tout leur prix.
Les Miracles de Saint François offrent moins d’unité, et la composition plus encombrée est aussi moins bien ordonnée dans les masses, plus diaprée dans le coloris. Au milieu du bariolage des intonations et du mouvement un peu heurté des lignes, l’attention hésite à se fixer et les nombreux personnages vêtus de costumes disparates et gesticulant à l’envi sollicitent également les regards. Aucun repos dans cette immense toile, où pêle-mêle, sans une action commune, on trouve réunis des épisodes et des groupes multiples, insuffisamment reliés entre eux. Dans ce chaos, parmi ce tumulte de figures grouillantes, nous retrouvons quelques anciennes connaissances : un des aveugles est une réminiscence de VÉlymas de Raphaël et le mort revenant à la vie avait été déjà utilisé par l’artiste dans le Grand Jugement dernier de Munich. Et cependant, en dépit de toutes ces incohérences, l’exécution de cette esquisse légère et alerte attire les spectateurs et les retient longtemps sous le charme par sa piquante vivacité.
Une répétition un peu modifiée des Miracles de Saint Ignace peinte, à la même époque, pour ce marquis Nicolas Pallavicini qui avait été le parrain du second fils de Rubens, se trouve aujourd’hui dans l’église Saint-.Ambroise, à Gênes. La composition y est plus ramassée, moins théâtrale que dans le tableau de Vienne, mais bien que l’exécution v soit aussi plus personnelle et la couleur plus brillante, elle n’a cependant ni l’éclat ni la vivacité de facture que nous avons admirés dans
IMP.DRAEGER. PARIS