‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 225 sur 553 · TRIPTYQUE DE SAINT ÉTIENNE · texte numérisé non relu

TRIPTYQUE DE SAINT ÉTIENNE

l’esquisse. D’autres ouvrages de grandes dimensions auxquels les élèves ont eu moins de part nous montrent mieux ce dont le maître était capable. Le Marty're de Sainte Catherine est de ce nombre. Donné vers 1622 à l’église de Lille consacrée à cette sainte par Jean de Seur, membre du conseil des archiducs et par sa femme Marie de Patyn, il appartient encore à cette église (i). Les mains liées, pâle, défaillante, la sainte s’agenouille pour recevoir le coup fatal, et c’est en vain qu’à ce moment suprême un prêtre d’Apollon essaie encore d’obtenir qu’elle abjure sa foi et sacrifie au dieu dont il lui montre le temple et la statue. Déjà le bourreau, avec un geste farouche, se prépare à décapiter la jeune fille, et ses compagnes s’empressent éplorées autour d’elle, afin de lui dérober la vue de ces sinistres apprêts : l’une d’elles lui bande les yeux, une autre écarte le voile qui couvre son cou, une troisième relève pieusement sa chevelure. Au bas, la foule impatiente attend l’exécution, tandis que, dans l’azur du ciel, des anges apportent à la martyre les palmes et la couronne réservées à sa constance. L’éclat de la couleur donne à tout cet ensemble un aspect triomphal, et comme pour en faire mieux ressortir la richesse, un Christ à la Colonne du Caravage, placé à quelques pas de là dans la même église, peinture très ferme, mais un peu dure, permet de mesurer le chemin qu’a fait Rubens depuis son retour d’Italie et nous prouverait, s’il en était encore besoin, à quel point il s’est désormais affranchi des influences qu’au début il avait si docilement subies.

Le triptyque du Musée de Valenciennes, peint vers 1620 pour l’abbaye de Saint-Amand et dont la Lapidation de Saint Étienne forme le panneau central, compte également parmi les œuvres les plus intéressantes de cette période. La composition, très bien établie, est superbe de mouvement et d’expression. Au milieu, Saint Étienne à genoux et revêtu de ses ornements sacerdotaux vient d’être blessé à mort par ses persécuteurs qui l’accablent furieusement à coups de pierres. Déjà livide, mais comme soulevé par un dernier élan de sa foi, il lève vers le ciel sa belle tête rayonnante, tandis que, dans une gloire, les anges lui apportent la palme et la couronne du martyre. Les colorations très variées — la pourpre et l’or de la chasuble du saint, le bleu, les verts pâles ou foncés, les rouges

(1) Comme le sire de Seur mourut le 2 juin 1621, il est probable que le tableau fut peint à la fin de la même année ou au commencement de 1622.

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