‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 227 sur 553 · LA CHUTE DES RÉPROUVÉS · texte numérisé non relu

LA CHUTE DES RÉPROUVÉS

(Pinacothèque de Munich.)

main, pour être déposé dans la tombe prête à le recevoir. Quant à V Annonciation,'ÇttinX.o. sur les volets extérieurs, c’est un travail d’élève auquel Rubens s’est contenté de donner quelques retouches, notamment dans la

tête de la Vierge et dans celles des petits anges aux blondes chevelures qui font cortège à l’ange Gabriel. Autant la tonalité est fleurie et brillante dans le Martyre de Sainte Catherine el dans le Triptyque de Saint Étienne, autant elle est simple et grave dans la Communion de Saint François du Musée d’Anvers, qui fut commandée à Rubens pour l’église des Récollets d’Anvers par Jasper Charles ( i). La reproduction qui accompagne ces lignes nous dispense de décrire ce tableau dont Fromentin a si éloquemment vanté la touchante et pathétique beauté, ce panneau bitumineux «de stvle austère, où toutestsourd et où trois accidents seulementmarquent de loin avec une parfaite évidence : le saint dans sa maigreur livide, l’hostie vers laquelle il se penche, et là-haut, au sommet de ce triangle si tendrement expressif, une échappée de roseet d’azursur les éternités heureuses, sourire du ciel entr’ouvert. » C’est avec une admiration aussi légitime que bien exprimée que le peintre écrivain nous parle de ce moribond qui, «exténué par l’âge et par une vie de sainteté, a quitté son lit de cendres et s’est fait porter à l’autel pour v mourir en recevant l’hostie... de ce groupe d’hommes si diversement émus, maîtres d’eux-mêmes ou sanglotants, qui forme un cercle autour de cette tête unique du saint et de ce petit croissant blanchâtre, tenu comme un disque lunaire par la pâle main du prêtre (2). »

La composition est évidemment empruntée à celle de la Communion de Saint Jérôme du Dominiquin ; maison n’y pense même pas en présence de cette noble figure du saint, de ce pauvre corps déjeté, contracté par la soulTrance, de ce visage rayonnant, de ce regard illuminé d’amour où s’est concentré tout ce qui reste de vie. Ainsi que le remarque M. Max Rooses, « sous le coup d’une émotion profonde, Rubens oublie ses procédés habituels et se crée un style spécial pour donner une forme appropriée à une inspiration neuve et intense ». L’harmonie, cette fois, n’est plus, comme d’ordinaire, retentissante et pompeuse. Sauf le rouge mêlé d’or de la chape du prêtre et le rouge amorti du dais qui surmonte l’autel, le tableau est presque monochrome et les têtes, qui se détachent très franchement sur les bruns à peine variés de ces robes monacales, nous montrent toutes lesacceptions de la ferveur, du désespoiret de l’admiration. Comme le saint auquel il a consacré ce chef-d’œuvre, on dirait

(i) On conserve encore dans la famille van Havre le reçu de çSo florins, prix de cet ouvrage, reçu écrit de la main de Rubens le 17 mai 1619.

(2j Les ?\Iailres d'autrefois, p. 102 et suiv.

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