GRAVURES FAITES PAR RUBENS. 27.S
contour fautif. S’il reprend parfois le graveur, il n’hésite pas non plus à se reprendre lui-même. C’est ainsi que dans la planche du Repas che^ Simon, trouvant la scène mal disposée, il supprime à gauche une portion de son œuvre qu’il juge inutile et ajoute, au contraire, sur la droite de la gravure une bande de largeur égale pour compléter la figure d’une négresse et esquisser largement, à ses pieds, le corps d’un chien dont on ne voyait que la tête. Mais, d’ordinaire, il se préoccupe surtout des masses, de la tenue et de l’aspect de l’ensemble, des contrastes qu’il veut plus francs ou moins tranchés, de tout ce qui peut mettre plus d’air, plus d’expression, plus de vie et de diversité dans le travail. Sous ces réserves, il laisse à ses interprètes une grande liberté d’allures et sans jamais tomber dans la minutie, ses corrections portent la marque de cet esprit pénétrant et réfléchi qui vient si merveilleusement en aide à sa haute expérience.
Mais pour que les corrections fussent utiles, il fallait que Rubens sût lui-même dans quelle mesure les remaniements qu’il indiquait ainsi étaient possibles et qu’il eût, par conséquent, sur la technique même de l’art du graveur, des idées justes et pratiques. Ici se présente une question souvent agitée, tranchée par les critiques les plus compétents dans des sens très différents. Rubens a-t-il gravé lui-même ? Mariette, et à sa suite tous ceux qui tiennent pour l’affirmative, citent comme étant de Rubens plusieurs planches et trois entre autres qui leur paraissent surtout justifier cette attribution. La Vieille à la Chandelle est la copie d’un tableau du maître (i) qui appartient aujourd’hui à lord Feversham et dans lequel le type, la pose et l’éclairage de cette vieille femme sont presque identiques à ceux de la Vieille au Couvet de la Galerie de Dresde. Au bas d’une épreuve avant toute lettre que nous reproduisons ici et qui se trouve au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale, Rubens a écrit de sa propre main ce distique :
Quis •vetet apposito lumen de lumine tolli ;
Mille licet capiunl; dépérit indè nihil.
Commencée dit-on par Rubens, cette gravure aurait été terminée par P. Pontius et la signature : P. P. Rubens invenit et excudit, ajoutée audessous de l’inscription et de la mention des privilèges de vente, et
(1) Il figure dans l’inventaire dressé après sa mort, sous le n° 45 : Ponrtraict d'une vieille
avec un garçon, à la nuit.