CHAPITRE XI
comme celles-ci de la main du maître, autorise cette attribution qui nous paraît d’ailleurs confirmée par la simplicité et la largeur de la facture. Les analogies que cette facture présente avec celle d’une autre planche que l’on croit également de Rubens, sont du reste, évidentes : nous voulons parler de la Sainte Catherine dans les nuages. Une comparaison attentive révèle, en effet, une similitude parfaite dans la façon de traiter les draperies, dans le modelé si magistral de la figure — surtout dans la Vieille à la Chandelle — modelé obtenu par un procédé de hachures régulières, à la fois très simple et très libre, mais pratiqué avec une entente de la forme et de l’effet que nous ne retrouvons avec ce degré de finesse et de sûreté chez aucun des interprètes de Rubens (i). Ces analogies, cette simplicité et cette hardiesse du travail, nous les constatons aussi dans une épreuve d’essai de l’eau-forte d’un buste prétendu de Sénèque^ que possède le « Britisch Muséum » et qui nous paraît également de la main de Rubens. Outre que ce buste appartenait au maître, l’exécution d’une franchise et d’une décision extrêmes dénote, par sa largeur même, la spontanéité d’un travail original effectué en dehors de toute préoccupation purement technique. Comme la précédente, cette planche a été retouchée par Vorsterman et porte sa signature, Rubens n’attachant probablement pas grande importance à des tentatives dans lesquelles il avait surtout en vue de se renseigner sur les moyens d’expression de l’art du graveur. Sans prétendre l’exercer luimême, de tout temps et dès son séjour à Rome il s’était tenu au courant des procédés de cet art, et un passage de la lettre qu’il écrivait à Pierre van \'een et dont nous avons déjà donné quelques extraits, est très formel à cet égard. « Je suis heureux, lui dit-il, de savoir que vous avez trouvé le moyen de graver sur le cuivre en dessinant sur un fond blanc, ainsi que faisait Adam Elsheimer qui, pour graver à l’eau-forte, enduisait d’abord le cuivre d’une sorte de pâte blanche, puis découvrait ensuite la pâte avec la pointe jusqu’au cuivre dont la couleur tire naturellement sur le rouge, de façon qu’il semblait dessiner à la sanguine sur du papier blanc. Je ne me souviens pas de quel ingrédient était faite cette pâte blanche, bien qu’Elsheimer m’en ait très obligeamment indiqué la composition. » Et en marge, Rubens ajoute : « Mais j’imagine que peut-
' 0 La gravure de la Sainte Catherine, copie exacte de la figure principale d'un des panneaux du plafond de l’église des Jésuites, a été retouchée par Vorsterman.
IMP.ORAECER. PARIS