CHAPITRE XL
réclamations à ce sujet. Obtenaient-ils d’eux, à force de prières, l’o'ctroi de privilèges spéciaux, aucune sanction ne leur était accordée contre les délinquants, et dans l’état où se trouvait alors l’Europe, il faut bien convenir qu’il eût été fort difficile de poursuivre, à travers des pays souvent en guerre les uns contre les autres la réalisation de mesures propres à maintenir des droits encore très mal définis. Rubens, pour tout ce qu’il a fait à cet égard, peut être cité à juste titre comme le véritable promoteur de la reconnaissance de la propriété artistique, et à propos de la jurisprudence que de nos jours seulement on a essayé d’établir en ces matières par une réglementation, objet de délicates et longues controverses, son nom mérite d’être prononcé. En travaillant pour lui-même, il a très efficacement contribué à faire prévaloir auprès des puissants d’alors des idées jusque-là nouvelles et sur lesquelles, le premier, il a su attirer l’attention. Au service d’une cause si légitime^ il met dès lors, non seulement la célébrité attachée à son talent et les nombreuses rela'tions qu’il compte parmi les plus grands personnages de son temps, mais les démarches réitérées et les luttes opiniâtres que toute sa vie il n’hésitera pas à engager et à soutenir pour défendre ses droits et poursuivre ses spoliateurs. Rien ne lui coûte; avec ce mélange de savoir-vivre et de savoir-faire qui lui est propre, il formule nettement ses revendications, revient à la charge toutes les fois qu’il le faut et intéresse à ses requêtes tous ceux qui peuvent le servir. Est-il lésé ? il réclame avec une vivacité extrême, s’agite, frappe à toutes les portes, et sans se rebuter jamais finit par obtenir justice.
C’est en 1619 que débute la campagne qu’il entreprend à cet effet. Il s’agit d’abord pour lui de se faire concéder des privilèges explicites et en bonne forme dans tous les pays où il a chance de placer ses gravures. Il commence donc par se mettre en règle pour la Flandre, et, dès le 29 janvier de cette année, les archiducs accordent à « leur peintre » le privilège qu’il a sollicité d’eux. Celui de la France lui vient peu après, à la date du 3 juillet. Grâce à notre célèbre érudit Fabri de Peiresc, près duquel s’était entremis Gevaert, une lettre patente de Louis XIII expose que Rubens, « invité par ses amis de faire graver et imprimer en tailledouce les dessins des plus belles pièces qui sont sorties de sa main, ce qu’il ne peut faire sans grands frais et dépens », il y a lieu de le garantir contre les fraudes possibles. Restaient les Provinces-Un ies da Hollande,