PRIVILEGES OBTENUS POUR LES GRAVURES
vis-à-vis desquelles, à raison de leur proximité et du goût qu’on y manifestait alors pour les belles estampes, il y avait surtout lieu de prendre de sérieuses précautions. Les rapports toujours tendus et les hostilités à chaque instant renaissantes entre les deux pays rendaient la chose plus difficile. Quatre lettres récemment retrouvées à Gand et adressées par Rubens à Pieter van Veen avant la missive dont nous avons déjà publié des fragments nous mettent au courant des phases diverses de la négociation. En sa qualité de Pensionnaire de la ville de La Haye, le frère de son ancien maître était bien posé pour renseigner Rubens sur les dispositions qu’il convenait de prendre vis-à-vis des États-Généraux. C’est donc à lui qu’il demande conseil, dès le 4 janvier 1619, pour savoir quelle marche il doit suivre et quelles garanties lui offrira le privilège qu’il sollicite. Comme il y a longtemps qu’il a cessé toutes relations avec van Veen, il débute fort habilement par s’excuser de ce long silence ; si près des premiers jours de l’année il ne voudrait pas que sa démarche fût confondue « avec ces saluts et ces resaluts qu’ont coutume de se faire à ce moment les amis de rencontre.... Il n’est pas homme à se repaître de la fumée de ces vains compliments, ni à croire que tout homme de valeur ne pense pas comme lui sur ce point ». Mais il voudrait savoir quelles démarches il convient de faire pour obtenir que les quelques planches qu’il fait graver chez lui ne soient pas copiées dans les « Provinces-Unies, » et quels droits lui conférerait le privilège qu’il a l’intention de demander à cet effet. Il réglera sa conduite sur des avis dont il connaît toute la prudence. Van Veen ayant aussitôt donné les conseils qui lui sont demandés et offert son concours, Rubens lui écrit de nouveau, à la date du 28 janvier suivant, « qu’il est de ceux qui abuseraient volontiers de la courtoisie en acceptant tout ce qu’on leur offre ». Il n’est pas encore en mesure de fournir des épreuves de toutes les gravures que comprendrait le privilège, « mais il ne peut surgir de difficultés à cet égard, les sujets traités étant exempts de toute ambiguïté, de tout sens mystique et ne touchant en aucune manière aux choses de l’État, ainsi qu’il est facile de s’en convaincre par la liste qu’il donne de ces gravures ».... Puis il ajoute, et ce passage est significatif : « Afin d’assurer de la part du graveur une plus grande fidélité dans la reproduction de son modèle, je trouve préférable de voir moi-même faire ce travail sous mes yeux par un jeune homme consciencieux, plutôt que de m’en