‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 258 sur 553 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

drale d’Anvers. La planche représentant Suzanne et les Vieillards, « ce rare exemple de chasteté », est placé sous le patronage d’une des jeunes filles les plus distinguées delà haute société hollandaise, Anna Roemer Vischer, « astre célèbre de la Batavie, très habile dans la pratique de plusieurs arts, ayant acquis dans la poésie une renommée au-dessus de son sexe ».

L’Espagne et l’Angleterre n’étant pas encore en cause pour l’obtention des privilèges sollicités par Rubens, il n’a plus pour le moment qu’à mettre à profit le concours du graveur consciencieux qui, sous sa direction, avait encore fait de si rapides et si remarquables progrès. Vorsterman était désormais familiarisé avec la manière du maître, et, comprenant vite les indications qui lui étaient données, il savait s’y conformer. Son ardeur, comme son activité, étaient extrêmes, et, en 1620, Rubens ne publiait pas moins de neuf estampes exécutées par lui d’après ses oeuvres. Elles étaient suivies, en 1621, de cinq autres planches, dont V Adoration des Mages comprenait deux grandes feuilles, et les six feuilles formant par leur ensemble la Bataille des Amazones étaient sur le point d’être terminées. Van Dvck, à ce que nous apprend Bellori, en avait exécuté un dessin très soigné, et Mariette, qui eut l’occasion de le voir, dit que les retouches de Rubens « en auraient fait une œuvre sans prix s’il avait continué sur tout le dessin le même travail ». Grâce à un accord si fécond, il semble que cette abondante production dût pendant de longues années se continuer par une série ininterrompue d’ouvrages excellents. Malheureusement, l’entente ne fut pas de longue durée. Dans une lettre, écrite le 3o avril 1622 à Pierre van Veen, Rubens, en le remerciant d’un nouveau service qu’il lui a rendu, s’excuse de ne pouvoir lui offrir, comme il l’aurait voulu, quelques autres estampes. Mais « depuis une couple d’années, lui dit-il, presque rien n’a été fait, à cause des lubies de mon graveur qui est tombé dans un tel état d’exaltation (i) qu’il n’y a plus rien à en tirer. Il prétend que son talent seul donne quelque prix, à ces estampes. A quoi je puis répondre en toute vérité que les dessins sont faits et finis avec plus de soin que ces estampes elles-mêmes, et ces dessins, je puis les montrer à tout le monde, puisque je les ai en ma possession (2) ».

(1) La lettre, comme d’habitude, est écrite en italien, et le mot abba^ia dont il se sert ici n’existe pas dans cette langue.

(2) Il s’agit des dessins faits par van Dyck d’après les tableaux originaux et qui étaient mis par Rubens entre les mains de Vorsterman pour son travail.

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