RUPTURE AVEC VORSTERMAN
Dans la lettre du 22 juin suivant, lettre déjà citée, Rubens revient sur ce sujet. Il souhaiterait pouvoir offrir à van Veen des planches qu’il n’a pas encore, «mais il regrette que ces planches soient en si petit nombre; depuis quelques années, rien n’a été fait par suite de l’égarement (disviamento) de son graveur ». Outre les planches dont il a déjà donné la liste, « il y a une Bataille des Amazones en six feuilles à laquelle il ne manque que peu de jours de travail, mais qu’il ne peut tirer des mains de Vorsterman, bien que cette œuvre lui soit déjà payée depuis trois ans,... et il n’y a pas d’apparence qu’elle soit terminée de sitôt ».
Quels motifs avaient amené une pareille situation? Rubens avait-il pressé trop vivement le graveur, ainsi que le laisse supposer Mariette qui, en parlant de la Chute des Anges rebelles, après avoir vanté « le grand artifice avec lequel la lumière et les ombres, y sont distribuées », ajoute : ■« Rubens prit un soin extrême à conduire le travail dé son graveur et celui-ci le fit avec tant d’application que son esprit s’en affaiblit considérablement (i). » Ou bien, n’avaitril pas assez ménagé un amourpropre et une susceptibilité dont le passage cité plus haut de la lettre du 3o avril 1622 témoigne suffisamment ? îl convient cependant de remarquer que d’habitude le maître traitait seS' élèves avec les . plus grands égards et que l’affectueuse sympathie qu’il leur montrait était une des causes de l’ascendant qu’il avait pris sur eux. Ses intérêts, cette fois, étaient trop bien d’accord avec son caractère pour qu’il n’essayât pas de s’attacher un artiste qui pouvait lui être si utile et dont il avait puissamment contribué à développer le talent. Mais Vorsterman, il faut le reconnaître, était un agité. Le charmant portrait que van Dyck a tracé de lui dans la belle eau-forte dont M. J. -P. Heseltine possède le dessin original nous montre sa jolie tête, avec ses traits fins et sa désinvolture élégante, mais avec son regard déjà inquiet. Dans un autre portrait, cette fois peint par van Dyck et gravé par le fils de Vorsterman, le visage s’est amaigri -et la figure a pris une expression de tristesse, qui s’accuse davantage encore dans le portrait que J. Lievens a fait de l’artiste ; les yeux sont hagards, les cheveux en désordre et les rides imprimées sur le front donnent au personnage une expression de souffrance et d’étrangeté. De fait, l’humeur de Vorsterman était devenue de plus en plus
(1) Abeœdirioi VI, p. g3. La gravure de la 'B.itaille des Amaiones fut dédiée par Rubens à la comtesse d’Arundel.