‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 260 sur 553 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sombre et la manie de persécution dont il était atteint devait, pour un moment, se traduire par des actes de véritable folie. Évidemment, il se crbvait exploité par Rubens et rêvait de reprendre son entière liberté. En présence de ces dispositions qui allaient en empirant depuis trois ans, Rubens avait montré une patience extrême. Cependant les choses devaient bientôt prendre une tournure presque tragique, dont le grand artiste ne semble pas s’être beaucoup ému pour sa part, mais qui avait vivement préoccupé ses amis. Une première requête adressée au Magistrat d’Anvers « par certains zéleux du bien et repos public », expose, en effet, que leur illustre concitoyen ayant « couru grand hasard de sa vie par les agressions de certain insolent, et à jugement de plusieurs, troublé d’esprit », il y avait lieu de le protéger. Le fait que Rockox, alors à la tête du Magistrat, n’avait donné aucune suite à cette requête peut s’expliquer soit par l’intervention de Rubens lui-même, soit par l’idée que Rockox ne crut pas qu’il y eût là pour son ami un danger sérieux. Mais, sur une nouvelle requête, l’infante Isabelle, à la date du 29 avril 1622, touchée « du danger que son pensionnaire aurait couru ces jours passés, et court encore par les agressions d’un sien malveillant que l’on dit avoir juré sa mort », adressait à ses ame^ une ordonnance pour leur recommander de veiller à ce qu’il « ne fût fait aucun tort ou préjudice à son peintre ».

La nouvelle de ces incidents était venue jusqu’à Paris, car le 26 août suivant, Peiresc écrivait de cette ville à Rubens que « la veille le bruit avait couru qu’il avait été presque assommé par son graveur », mais qu’il était lui-même très surpris de cette rumeur, puisqu’il avait reçu le 18 une lettre de Rubens où il ne disait mot de ce fait. Ce ne fut là, sans doute, qu’un moment de folie passagère; mais si peu que le maître s’en fût ému, il ne pouvait continuer ses relations avec Vorsterman. Après la rupture, celui-ci demeura quelque temps encore à Anvers; puis, pensant mieux se tirer d’affaire en Angleterre, il passa plusieurs années à Londres. Avant la fin de i63o, il était de retour à Anvers où il faisait inscrire à la Gilde de Saint-Luc deux de ses élèves, J. Witdoeck et Marin Robin, plus connu sous le nom de Marinus, qui tous deux devaient aussi graver des œuvres de Rubens. Mais bien qu’il menât une vie très laborieuse jusqu’à un âge assez avancé, Vorsterman mourait dans la misère, probablement en iGyS.

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