CHAPITRE XI
avec raison s’en tenir à la seule gravure sur bois et tirer de cette sobriété volontaire à la fois plus de force et plus de style. Dans sa pleine maturité, c’est le fruit le plus pur de son expérience, c’est la substance même de son talent qui se révèlent à nous, dans ces beaux bois que Jegher s’est borné à tailler en respectant scrupuleusement les contours tracés par le maître. Ses gravures, ainsi que le remarque M. Duplessis, ne sont, à vrai dire, que « des fac-similés de Rubens ». Mais celui-ci n’a rien négligé pour donner à ses dessins toute la concision, toute l’éloquence dont il était capable.
Il semble que dans plusieurs des gravures exécutées auparavant d’après ses compositions, Rubens ait déjà préludé à des ouvrages de ce genre, notamment dans la planche de Vorsterman, Pan avec des Tigres, œuvre d’une exécution assez sommaire, mais un peu molle, et dans la Vénus allaitant les Amours de C. Galle, dont le travail est à la fois plus ferme et plus délicat. Mais il visait à une simplicité plus grande encore et comme le problème l’intéressait, il voulut, suivant son habitude, l’aborder de front. Les épreuves de la Bibliothèque Nationale témoignent de la peine qu’il prit à ce sujet. Pour le Repos de la Sainte Famille, — qui, à raison de la légèreté avec laquelle est traité le paysage, a peut-être été gravé sur plomb, — il se fait donnner successivement deux épreuves qu’il retouche avec grand soin, s’appliquant à supprimer tout ce qui n’est pas nécessaire. Il cherche de son mieux à dégager les silhouettes pour V mettre plus de mouvement et de tournure, à déterminer avec plus de justesse les divers plans, à spécifier aussi exactement que possible la nature des objets. Comme par une gageure, il s’ingénie même, à l’aide de ces moyens sommaires, à rendre les détails les plus menus : dans V Enfant Jésus avec Saint Jean, il introduit un chardon en fleur, des nénufars, un oiseau, une grenouille; dans la Tentation du Christ, un écureuil courant sur une branche, un serpent enroulé au premier plan; ailleurs, des papillons, un lézard, etc. Ces détails familiers étaient bien dans la tradition du genre, tel que l’avaient pratiqué les primitifs. Mais seul, le grand artiste a su, avec une aussi rare maîtrise, conserver le charme et la plénitude de la vie à des indications aussi succinctes. Plus ses ressources sont limitées, plus il importe de les bien employer, de les faire converger vers la fin qu’il se propose. A ce titre, rien n’est indiflérent, rien ne doit être abandonné au hasard : la grosseur relative