‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 265 sur 553 · RUBENS ET L’IMAGERIE PO PU LAI RE · texte numérisé non relu

RUBENS ET L’IMAGERIE PO PU LAI RE

des traits, leur direction, la différence du travail, le rythme des lignes, l’aspect des silhouettes, l’accentuation de l’effet. Contenu dans les bornes les plus étroites, le maître montre une aisance et une liberté d’allures qui témoignent de la netteté de son esprit, de la souplesse avec laquelle il s’accommode aux tâches les plus variées.

C’est aux environs de i63o qu’il convient de placer le commencement de ces tentatives. Né à Anvers le 24 août iSqô, Jegher était entré au service de la maison Planîin en 1625 ; mais il n’avait d’abord fait pour elle que des travaux courants, sans grande valeur artistique. En 1627-1628, il avait été admis à la maîtrise dans la Gilde de Saint-Luc, sous la qualification de « tailleur de figures sur bois », et Rubens qui le prit alors sous sa direction, fut en i635 parrain de son dernier enfant. La signature P. P. Rubens delineavit et excudit et la mention expresse : cum privilegiis, que portent les planches gravées par Jegher, attestent bien l’importance que Rubens y attachait. Ces planches sont au nombre de neuf : le Christ tenté par le démon et le Couronnement de la Vierge d’après des peintures du plafond de l’église des Jésuites ; le Repos en Égypte, l’Enfant Jésus et Saint Jean ; Hercule triomphant de la Discorde, d’après un des sujets qui forment la décoration de la grande salle de Whitehall, la Chaste Suzanne, le Silène ivre, les deux feuilles du Jardin d’A mour, et le Portrait d’homme, en camaïeu ; dans ce dernier, M, Hymans croit voir un souvenir d’une tête de Titien, mais il nous paraît, en réalité, que c’est là simplement une reproduction du buste du duc de Toscane, tel que Rubens a représenté ce personnage dans le portrait de la Galerie de Médicis.

En faisant abstraction de son propre talent et du temps qu’il y consacre, le bon marché du prix de revient de ces estampes permettait à l’artiste de les vendre pour des sommes minimes. Nous voyons, en effet, portée à son compte, à la date du 12 avril i636, sur les livres de la maison Plantin, chargée du tirage de ces planches, l’inscription suivante : « Item, doibt pour impression de 2 000 images de bois, avec le papier, etc., El. 72-3 St. ». Ainsi conçues, ainsi exécutées, ces planches répondent admirablement au programme si souvent agité de l’imagerie populaire, tel qu’on souhaiterait le voir réalisé. Assez nettement formulées pour être comprises de tous, elles s’adressent aux ignorants aussi bien qu’aux artistes, qui mieux encore, il est vrai, peuvent découvrir ce que, sous

Page 1