CHAPITRE II
Suivant la remarque déjà faite par Guichardin, l’art de la peinture y était depuis longtemps « chose importante, utile et honorable », et après avoir cité les maîtres morts ou vivants qui avaient illustré cette ville, l’auteur de la Description des Pays-Bas ajoutait que « presque tous ont
été en Italie, les uns pour apprendre, les autres pour voir les choses antiques et connaître les hommes excellents de leur profession, et d’autres pour chercher aventures et se faire connaître; mais le plus souvent, après avoir accompli leur désir en cet endroit, ils retournent dans leur patrie avéc expérience, faculté et honneur». Si unegrande partie de ceux qui leur faisaient autrefois des commandes avaient ou quitté le pays, ou subi des pertes qui les obiigeaint à restreindre leurs dépenses, ils trouvaient, en revanche, parmi le clergé d’utiles protecteurs. Avec la restauration du culte catholique, de nouvelles églises ou chapelles se construisaient peu à peu. Il fallait à la fois les orner et rendreà celles qui avaient été dépouillées pendant la guerre leur ancienne parure. On pouvaitdoncespérer qu’avec une stabilité plus grande, il serait possible aux peintres de tirer désormais de leur travail un profit suffisant.
Parmi les artistes alors établis à Anvers, il en était assurément beaucoup de plus renommés que ce Tobie Verhaecht auquel fut d’abord confiée l’éducation artistique de Rubens. Mais Maria Pypelincx était, sans doute, peu au courant du mérite relatif des différents peintres et comme Verhaecht était son parent, elle pouvait penser qu’il témoignerait
TOBIE VERHAECHT.
un intérêt particulier à son élève, tout en faisant aussi des conditions plus douces pour son apprentissage. Né en i566 à Anvers, où il devait mourir en i63i, Verhaecht venait d’être admis en iSgo, comme francmaître fils de peintre, à la Gilde de Saint-Luc dont il était nommé doyen
COMPTOIR DE l’imprimerie PLANTIN.
(Dessin de Boudler, d'après une Photographie.)
en iSgô. Van Mander se contente de le citer comme un paysagiste habile, mais G. de Bie parle de lui d’une manière plus explicite. D’après son témoignage, il avait voyagé en Italie et séjourné à Florence et à Rome, où il peignit des compositions fort appréciées, « avec de beaux arbres qui semblent naturels et se détachent franchement et doucement sur les fonds ». Le passage de Rubens dans son atelier ne devait pas laisser beaucoup de traces, puisqu’on n’a pu retrouver le nom du grand artiste parmi ceux des élèves assez nombreux qui reçurent ses leçons. C’est cependant à Rubens que le nom de Verhaecht lui-même doit d’être arrivé jusqu’à nous, car ses œuvres n’auraient pas réussi à le tirer de l’oubli. Parmi les gravures qu’en ont faites Egbert van Pandern et Jean Collaert, nous mentionnerons plusieurs de ces séries alors très en vogue :
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