‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 272 sur 553 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

sa manière (i). D’autre part, la plus âgée des deux dames ressemble fort à Suzanne Cock, la femme de de Vos, telle qu’il nous l’a montrée luimême, avec un costume presque pareil, dans le beau Portrait de Famille du Musée de Bruxelles.

Quant à la dénomination de Salon de Rubens, contredite par plusieurs critiques, elle est, au contraire, présentée comme très probable par le savant et consciencieux directeur du Musée de Stockholm, M. Georges Goethe, et comme lui, nous la croyons tout à fait justifiée par un ensemble de preuves qui nous paraissent décisives. Dans un acte de vente de la maison, passé en 1701, il est parlé des cuirs dorés garnissant un des salons; le tapis de table à fond rouge et à dessins noirs et jaunes se retrouve dans plusieurs œuvres de Rubens, et les trois tableaux accrochés aux parois; le Portrait de Charles le Téméraire (aujourd’hui au Musée de Vienne), Loth et ses Filles (collection du duc de Marlborough) (2) et le petit Jugement dernier (Pinacothèque de Munich) sont tous trois de sa main. Pour la plus jeune des dames, à ses traits gracieux et ingénus, ainsi que M. Gœthe, nous reconnaissons en elle Isabelle Brant; les types des deux garçons répondent bien à ceux de ses fils, Albert et Nicolas, et leur âge respectif, â l’intervalle de quatre années, qui sépare leur naissance. Une difficulté se présentait pour la jeune fille, l’aînée des trois enfants de Rubens, Clara Serena, car on croyait jusqu’ici qu’elle était morte en bas âge. Mais une lettre de Peiresc, datée du 16 février 1624, dans laquelle il cherche â consoler son ami de la perte récente de cette fille, nous apprend qu’elle a vécu jusqu’à cette époque. Dès lors, les détails de l’ameublement, les dates des tableaux exposés, les types et les âges des divers personnages, tout s’accorde pour confirmer la désignation adoptée pour ce précieux tableau peint vers 1622 et qui, ainsi que le suppose M. Gœthe, doit représenter une visite de Mme de Vos à Mme Rubens (3).

(1) Ce qui complique uu peu cette question d’attribution, c’est que la peinture semble exécutée par plusieurs artistes différents; les reproductions de tableaux exposés dans ce salon, surtout celle du Jugement dernier ,son\. faites très librement, et quoique de petites dimensions, elles sont à ce point dans l’esprit des originaux qu’on les dirait de la main de Rubens lui-même ; les petites têtes des deux jeunes dames modelées avec autant de 'finesse que de sûreté paraissent bien de C. de Vos; en revanche, les enfants et surtout la petite fille, sont peints d’une touche menue et timide qui fait penser à F. Franken.

(2) Ce tableau fait aujourd’hui partie de la collection de Mme la baronne de Hirsch.

(.3) Mme de Vos, en effet, a ses gants à la main, tandis qu’Isabelle Brant, les mains nues tient un éventail de plumes.

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