‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 274 sur 553 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

portraits, exécutées d’après Titien par Rubens, qui professa toujours un véritable culte pour ce dernier maître, vers lequel il se sentait attiré par de nombreuses affinités. De ces copies, les unes avaient été faites en Italie, pendant sa jeunesse, d’autres dans sa pleine maturité, lors de son second voyage en Espagne, en 1628.

Mais Rubens avait l’esprit trop ouvert et trop curieux pour être exclusif. Il comprenait et goûtait les talents les plus divers et les noms de Raphaël, de Ribera, de Bronzino, ceux de van Eyck, Holbein, Lucas de Leyde, Elsheimer, Quintin Massys, Henri de Blés, Scorel, Antonio Moro, Michel Cocxie, W. Key, Séb. Vranck, Josse de Momper, Palamedes, de Vlieger, Porcellis, Poelenburgh, Heda, etc., dont les œuvres sont également portées sur son inventaire, témoignent de l’éclectisme intelligent qui présidait à ses choix. Nous avons déjà signalé l’admiration que lui inspirait le vieux Brueghel dont il ne possédait pas moins de onze tableaux; celle qu’il professait pour Adrien Brouwer n’était pas moins significative et les dix-sept ouvrages du maître qu’il avait acquis comptent parmi les meilleures productions de ce fin coloriste et de cet incomparable exécutant. Avec les titres naïfs sous lesquels ils figurent à cet inventaire, nous relevons les suivants : Un Combat des Ivrognes, où l’un tire l’autre par les cheveux', un Combat où un est pris par la gorge; un Combat de trois où un frappe avec un pot; un Pay'sage, où un villageois lie ses souliers, etc. La Pinacothèque de Munich possède plusieurs de ces tableaux. A en croire Houbraken, la prédilection de Rubens pour le talent de l’artiste se serait également traduite par des actes d’affectueuse confraternité envers le peintre lui-même. L’écrivain hollandais rapporte, en effet, que Brouwer, venant d’Amsterdam à Anvers, avait négligé de se munir d’un passeport que l’état des relations entre la Flandre et les Provinces-Unies rendait à ce moment tout à fait nécessaire. Arrêté comme espion par les soldats espagnols, il avait été emprisonné dans la forteresse. Rubens, apprenant sa mésaventure, non seulement se serait entremis auprès du directeur pour obtenir sa liberté, mais, après l’avoir recueilli dans sa maison, il l’avait fait habiller à ses frais et manger à sa table. Plus tard, il pourvoyait aux dépenses de ses funérailles et il s’occupait de lui faire élever un petit monument dont il avait dessiné le projet, quand il fut lui-même surpris par la mort.

On le voit, dans . cette galerie formée avec tant d’impartialité, où les

Page 1