‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 275 sur 553 · LA BIBLIOTHEQUE DE RUBENS · texte numérisé non relu

LA BIBLIOTHEQUE DE RUBENS

maîtres les plus divers de toutes les écoles et de tous les temps ont trouvé place, Rubens, à côté des plus grands génies, admet les meilleurs ouvriers de son art. Les uns et les autres l’attiraient, et de tous il savait tirer quelque enseignement ou du moins quelque délectation. S’il est peu d’artistes dont l’originalité soit aussi marquée que la sienne, il n’en est pas qui mieux que lui ait profité de ce qu’avaient fait ses devanciers. Mais, tout en s’inspirant d’eux, et parfois même en imitant l’ordonnance ou quelquesunes des figures de leurs compositions, il reste toujours lui-même et transforme à sa manière les éléments qu’il leur emprunte, pour les adapter à son idée. Grâce à sa prodigieuse curiosité, il se renouvelle à chaque instant et peut facilement suffire à une production incessante sans risquer jamais d’amoindrir ou d’épuiser sa verve.

Ses antiquités — bas-reliefs, bustes, pierres gravées ou médailles, — étaient presque aussi chères à Rubens que ses tableaux, et nous aurons l’occasion de signaler la passion qu’il avait pour l’archéologie en parlant de sa correspondance avec Peiresc, les frères Dupuy, et les principaux érudits de son époque. La pratique constante des écrivains anciens a^■ait très utilement développé son savoir et la compétence que tous lui reconnaissaient en ces matières. Bon latiniste, comprenant et parlant bien la plupart des langues de l’Europe, il trouvait plus qu’un passe-temps dans la lecture; elle était pour lui un besoin et sa bibliothèque était aussi riche que bien composée. Peut-être avait-il à la mort de son frère Philippe repris une partie de ses livres ; mais il ne cessa jamais d’accroître ce premier fonds, sans que cependant il lui en coûtât beaucoup, car nous retrouvons là une nouvelle preuve de cet esprit d’ordre et de sage économie que plus d’une fois déjà nous avons constaté chez lui. Désireux de ne satisfaire ses goûts, même les plus légitimes et les plus élevés, qu’à condition de se créer lui-même les ressources nécessaires pour les contenter, c’est par un surcroît de travail, nous l’avons dit, qu’il entendait subvenir aux dépenses faites pour sa bibliothèque. Les gains que lui rapportaient les dessins exécutés par lui, à ses moments perdus, pour l’imprimerie plantinienne, étaient donc appliqués à ses achats de livres, et les registres de cette maison nous apprennent en même temps l’importance de la Bibliothèque de Rubens et les titres des ouvrages qui la composaient. Cette liste atteste aussi l’universelle et insatiable curiosité du maître. Avec la soif qu’il a de s’instruire, tout l’intéresse; mais il a horreur du

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